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An-Nahar

Les articles d’Annahar sont les éditoriaux que le Métropolite Georges Khodr écrit pour le quotidien libanais Annahar depuis 1970 d’une façon irrégulière puis tous les dimanches depuis 1986, puis tous les samedis depuis que le journal s’est arrêté de sortir le dimanche et ce jusqu’aujourd’hui. La plupart de ces articles ont été publiés dans des livres: «Arraj’a fi Zaman el Harb» (L’Espérance en Temps de Guerre), «Mawakef Ah’ad», «Loubnanyat», «Al Hayat al Jadida», «Matarih Soujoud» et «Safar fi Woujouh» par Dar Annahar Editions et Distribution.

2008, An-Nahar, Articles

La Souffrance / le 12.04.2008

Tout questionnement sur la souffrance, sur ses causes, sa raison d’être, sa nature et sa place dans l’existence est un questionnement ardu. Celui qui souffre peut avoir des éléments de réponse à un tel questionnement, mais beaucoup de raisons l’empêchent souvent de le faire. Les autres se contentent de prendre acte de sa souffrance. Ils tentent parfois une explication. Mais, ce qu’ils peuvent faire de mieux est simplement d’essayer de compatir avec celui qui souffre. Quoiqu’ils fassent, il ne peuvent pas habiter un corps souffrant, ni se substituer à une âme en peine, car la souffrance d’un autre lui reste entièrement propre, comme l’exprime le psalmiste, en disant: ‘Ma souffrance est toujours devant moi’.

J’en connais qui ont eu à subir plusieurs épreuves dans leur vie. Certains ont été éprouvés chaque jour, au fil des années, et d’autres seulement de temps à autre. Il y en a qui vivent dans la douleur leur vie durant. Ceux-là souffrent d’un mal que les médecins qualifient de déficience chronique. Par réalisme, ou par souci de les calmer, les médecins leur disent souvent qu’un tel mal les accompagnera jusqu’au tombeau. Isaïe décrit de tels maux, disant: ‘Mes reins sont parcourus de frissons; je suis la proie des douleurs, comme les douleurs de celle qui enfante; je suis trop bouleversé pour entendre, trop effrayé pour voir’ (Is. 21: 3).

Ces maux sont souvent accompagnés d’une tristesse latente qui se transforme en une sorte de gémissement intérieur et flirte avec le désespoir. L’inquiétude, l’angoisse et un état de désarroi et de crispation viennent s’y greffer, ajoutant aux douleurs physiques ces douleurs psychologiques. Ces changements, psychologiques et physiques, sont perçus par les humains comme une dérogation à une norme générale qui serait d’être en bonne santé. Cette norme est certes vraie pour l’homme tel que Dieu l’a voulu lors de la Création et tel qu’il était avant la chute. Mais, aujourd’hui, nous pouvons seulement constater que toute créature raisonnable est vulnérable dans son corps et son esprit et devient sujette, à un moment ou un autre de sa vie, à des troubles importants. La norme de la Création ne peut plus être expérimentée, ici et maintenant, que sous sa forme déchue. Elle ne nous sera redonnée qu’au Dernier Jour.

Nous n’avons donc d’alternative, sur cette terre, que de vivre dans cette espérance, tout en confiant à ceux qui nous aiment les blessures de notre âme et aux médecins, celles de notre corps. Il s’agit de nous convaincre que notre corps, notre cœur et notre esprit sont plus ou moins déchus, et que nous ne pouvons jamais compter sur une parfaite bonne santé. Cela n’est plus possible ici-bas. Mais, la théologie orthodoxe nous enseigne que le but de l’ascèse et du combat spirituel est d’atteindre la quiétude (l’hésychia), c’est-à-dire la libération totale des passions et par conséquent la libération de l’emprise psychologique de la douleur, même si le corps continue de pâtir de sa décrépitude. Nous appelons hésychastes ceux qui sont parvenus à une telle liberté. Dans la mesure où nous nous détachons ainsi de l’emprise des douleurs, tout en restant cloué sur leur croix, nous revenons vers le norme première de la création. Comme si nous étions au Paradis d’avant la chute d’Adam. Ou, comme si nous étions déjà parvenus au Royaume à venir, dans la présence ineffable du Christ. Il nous est alors donné de goûter à notre salut dans ce monde. Une telle transfiguration ne nous délivre pas des tentations, mais est un gage que nous devenons à nouveau habitants du Royaume, chaque fois que nous en sortons vainqueurs,

Après la mort, nous atteindrons la paix et la quiétude, car nous n’aurons plus d’occasion de chute et nous jouirons de la miséricorde divine. Par contre, ici-bas, il y aura toujours des personnes qui atteignent la quiétude et d’autres qui resteront perturbées jusqu’au jour où elles réaliseront l’amour divin déversé sur elles. En attendant, il leur faut acquérir la grâce de la patience et apprendre à la cultiver, tout en poursuivant les traitements médicaux qui tentent de soulager le corps. Il leur faut aussi s’attacher à habituer leur esprit à la retenue, afin de ne pas troubler les autres par leurs plaintes. Tout en étant convaincus que la guérison est entre les mains de Dieu seul, nous pouvons nous permettre de nous plaindre seulement devant nos proches, car ils sont les plus à même de partager nos douleurs.

* *  *

Certes, nous craignons tous la mort. Nombreux sont ceux qui savent même qu’elle est proche. Mais, il n’y a jamais de certitude, car la fin de la vie ne dépend pas de nous. La mort est un mystère que nous ne pouvons pas percer. Des médecins avaient donné une espérance de vie de quelques jours à un de mes proches qui était atteint d’un cancer, or il est toujours vivant, à ce jour, quinze ans après ce diagnostic. Etait-ce une erreur médicale? S’est-il produit un miracle? Dieu permet-il à l’homme de se libérer ainsi des lois naturelles?

D’ailleurs, qu’est-ce qu’une loi naturelle? Mon Eglise croit que c’est l’ordre établi par Dieu après la chute, destiné à régir notre nature déchue. Rien ne l’empêche pourtant, dans Sa souveraine liberté, d’en libérer quiconque, s’Il veut, dans Sa Toute Compassion, lui faire revivre l’ordre humain d’avant la chute, comme s’Il en faisait un habitant du Paradis. Le bon grain et l’ivraie voisinent dans le terreau de notre humanité. Seul, Dieu les distinguera au Dernier Jour. Ce mélange habite aussi le cœur humain, sauf s’il a traversé le feu d’une réelle repentance.

Ceux qui souffrent se demandent souvent: pourquoi moi? Qu’ai-je fait à Dieu pour mériter cela? Ils vivent la douleur comme un châtiment. Or, il n’en est pas un. Dieu ne connaissant ni haine, ni colère, ni agressivité, Il ne peut donc nous plonger dans un enfer de souffrances. Dans le Coran, les expressions ‘souffrance douloureuse’ ou ‘reproche douloureux’ sont en effet mentionnés, mais elles le sont seulement en référence au feu éternel. Dieu ne connaît pas la vengeance.

Il est permis de dire, à la suite de l’Ancien Testament, que Dieu nous éduque par la souffrance. Mais, ce dire interpelle seulement celui qui souffre. Il ne faut jamais considérer la souffrance des autres comme un moyen d’éducation. Cela en ferait une expression de vengeance ou de haine. Il ne nous est aussi pas permis de dire que le péché des uns a été transmis à leurs enfants pour les éduquer. En effet, Ezéchiel réfute ce dire, en s’exclamant: ‘Qu’avez-vous à répéter ce proverbe au pays d’Israël: Les pères ont mangé des raisins verts et les dents des fils sont agacés … Celui qui a péché, c’est lui qui mourra’ (Ez. 18: 2 et 4).

Cela signifie-t-il que la mort soit entrée dans la nature humaine à cause du péché? Paul n’affirme-t-il pas que ‘le salaire du péché, c’est la mort’? (Rom 6: 23). Les Ecritures affirment aussi que tout homme est pécheur, donc appelé à la repentance. L’homme que nous connaissons est celui d’après la chute première de l’humanité, donc sujet à la mort. Il ne nous est pas possible de croire qu’il en a toujours été ainsi, ce qui voudrait dire que Dieu l’aurait programmé, lors de sa Création, en vue de la mort. Cela irait à l’encontre de ce que nous savons de Dieu.

Certains affirmeront que la mort n’est une question de potassium et de sels minéraux, composés du corps qui seraient perturbés par un certain nombre de maladies. Pourtant, les malades et ceux qui ne le sont pas expérimentent tout autant la mort du cerveau, puis celle du cœur. La mort reste un mystère pour tous. En vérité, les paroles de Paul: ‘le prix du péché est la mort’ ont été exprimées dans le contexte d’un discours sur la sainteté, où il dit: ‘Libérés du péché et asservis à Dieu, vous fructifiez pour la sainteté, et l’aboutissement, c’est la vie éternelle. Car le salaire du péché, c’est la mort, mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur’ (Rom 6: 22-23). Le souci de Paul n’était donc pas de lancer un défi au mouvement biologique de l’homme en le liant au péché, mais plutôt de défier et de confondre le péché par la vie nouvelle en Christ.

Les chrétiens n’ont aucune philosophie du mal. Nous n’y reconnaissons qu’un manque de bien. Nous n’essayons même pas de l’expliquer. Tout ce que nous disons, c’est que le mal existe et qu’il conduit à la mort. Nous croyons aussi que le Christ est descendu aux abords de la mort, y est resté trois jours et a vaincu la mort par la mort. La vie divine qui est en Christ, est entrée dans le domaine de la mort et y a introduit la vie éternelle. Notre attitude envers la mort n’est donc pas de l’ordre de la philosophie, mais de celui du combat spirituel. Si nous devenons les amis du Christ par la repentance, Il nous remplit de Sa puissance divine et, en nous pardonnant nos péchés, nous fait ressusciter des morts. Nous affirmons qu’alors, il ‘n’y aura plus de mort, de peur, de cri et de peine’ (Ap. 21: 4).

Le problème de la souffrance ne sera résolu que lors de cette dernière vision. Comme le Christ a anéanti la mort par Sa victoire, Il anéantira de même notre mort individuelle, dès aujourd’hui, et dans la compassion ultime de la Résurrection, au Dernier Jour. Au milieu des douleurs du corps et de l’âme, il nous faut donc avoir toujours les yeux tournés vers Celui qui a vaincu définitivement la mort, et qui poursuit Sa victoire en chacun de nous. En nous conviant à demeurer en Lui, Il veut glorifier notre corps, comme il a lui-même revêtu un Corps de Gloire.

Traduit de l’arabe.

Texte Original: « الوجع » – 12.04.2008

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2007, An-Nahar, Articles

La dimension verticale et la dimension Horizontale / le 15.09.07

Le Seigneur est la seule Lumière dans les ténèbres du monde. Au-delà, il n’y a que plaisir ou tristesse. Je comprends que l’homme imagine qu’en prenant du plaisir, il grandit et prend de l’importance, alors qu’en vivant dans la tristesse, il régresse et se replie sur lui-même. L’homme, dans son existence superficielle, se projette de manière horizontale [parallèle au sol] à cause de son humanité fatiguée, assiégé par les limites de l’horizon qu’il s’est contenté de se fixer, se plaçant ainsi lui-même au centre de son existence.

Ainsi devient celui qui naît d’un événement récent: enfant de sa maladie et de son malheur. Il est créé par l’époque qu’il vit car il considère que rien n’existe en dehors de ce temps et de cet espace. Il habite dans les limites de son corps et dans la limite de ses souvenirs et des espoirs qui nourrissent le corps et l’imagination, ou alors il vit exclusivement à travers une autre personne et se complait dans un esclavage qui écarte de lui les difficultés qui le dépassent, lui, son environnement et son clan.

Les événements peuvent être graves comme la guerre ou la peur de son déclenchement, ainsi que l’indigence et les crises qui peuvent avoir des conséquences proches de celles d’une situation de guerre. Il n’y aucun doute non plus que l’homme est victime de son ignorance, de sa pauvreté ou de sa richesse, aussi bien que des conflits dans sa famille, dans l’exercice de sa profession ou dans son parti politique.

A cause de cela ou bien d’une partie au moins, il réalise qu’il perd le moral et il arrive qu’il devienne misérable en raison de sa méconnaissance de ces choses. C’est à cause de tout cela que l’Écriture a appelé ces choses «la vallée des larmes» (Cf. Ps. 83, 7), car il n’y a pas de limite à la souffrance, au handicap, à la perte des proches ou à leur absence.

Toutes ces afflictions font partie de notre vie et elles touchent aussi bien le Juste que l’Inique. Celui qui a rompu les liens avec son Seigneur s’invente des plaisirs mais découvre qu’une fois expérimentés, ils ne compensent en rien [le manque qu’il a en lui]. Ainsi, comme il a été déçu par les plaisirs expérimentés, il sera déçu par les plaisirs à découvrir.

L’homme recherche une délectation à travers laquelle il pense guérir sa solitude ou alléger son amertume. Et s’il perd l’éclairage de sa conscience, il peut devenir l’otage de ce qu’il a découvert dans sa pratique physique ou dans une pratique conceptuelle qui ne le délivre pas des tourments de ces concepts. Ainsi, il ne lui reste plus, au milieu de ces événements qui l’affligent, qu’à attendre leur disparition. C’est alors que d’autres événements aussi douloureux que les précédents l’atteignent ou bien qu’il en imagine des effets déchirants ce qui l’amène durablement au désespoir. Ce qui veut dire qu’il crée par lui-même son propre enfer et peu nombreux sont ceux qui trouveront le moyen de quitter cet enfer. Je n’exagère pas en utilisant ce terme car je l’ai entendu des centaines de fois de la bouche de ceux qui l’ont choisi pour décrire la crise dans leur vie familiale: «ma vie est devenue un enfer et je ne sais plus comment en sortir».

Toutes ces personnes sont positionnées sur la dimension horizontale et n’ont pas découvert la dimension verticale, c’est-à-dire la force qui les lie à Dieu; tandis que ceux qui confessent Dieu vivent dans la quiétude et la tranquillité en temps de guerre ou dans l’expectative d’une guerre. Ils sont sereins, qu’ils soient en bonne santé ou malades, dans les secousses de la vie familiale ou dans sa stabilité. Ils ne considèrent pas comme une infortune l’épreuve qu’ils rencontrent ou la maladie qui les atteint physiquement ou psychologiquement, car Dieu demeure en eux ou ils demeurent en Lui.

Je connais des personnes qui se réfugient en Dieu, qu’ils vivent dans la joie ou dans l’adversité, car ils ont réalisé que Dieu est leur santé et leur résistance, ce qui veut dire qu’ils se sont dépassés eux-mêmes et qu’ils sont d’ores et déjà installés dans les Cieux. Le croyant pauvre se nourrit du Seigneur et le croyant riche est fortuné du Seigneur et n’accorde pas à ce qu’il possède une place importante dans son existence. Tu demandes au Créateur et Sauveur de venir en toi et tu le reçois comme étant toute ta vie selon la parole de [saint] Paul: «Je vis mais ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi». Cf. Ga.2, 20.

Tu ne peux pas délester ton âme de ses souffrances en empruntant des consolations venues du monde car le monde ne te nourrit pas de la Vérité. Le plaisir ne compense pas un plaisir et il n’y a pas de délassement au-delà de celui dans lequel tu vis maintenant. Tout plaisir est vide par définition. Il te fait oublier tes soucis pour un temps, jusqu’à ce que tu en rencontres d’autres, car tu t’abreuves en tout du monde dont tu t’es rendu le centre. Tandis que si tu choisis ton Dieu comme centre de ton existence, tu ne restes plus l’esclave d’une maladie, d’une oppression, d’une persécution ou d’une crise dans ta maison ou dans ton pays.

Tu ne peux échapper au poids de la situation dans laquelle tu vis, qu’elle soit politique ou économique. Ce monde est, comme nous nous en apercevons, empli de guerres et il te revient d’aspirer à la paix. Mais nous observons que les guerres sont sans fin, que la maladie n’a pas de fin et que chaque péché si tu l’acceptes est suivi d’un autre péché; que toute désobéissance est amère car la conscience naturelle qui te reste te sermonne et qu’il n’y a que les monstres qui peuvent étouffer leur conscience jusqu’à la fin.

Et si tu décides de te tenir à ta dimension horizontale, c’est-à-dire si tu acceptes de vivre d’une manière superficielle alors, tu es mort intérieurement. Tu peux peut-être croire en certaines valeurs et te les remémorer, mais ces valeurs dans leurs profondeurs te viennent de la Foi. Et, considérant que les valeurs sont des sujets de discours philosophiques que certains ont essayé d’ériger en dieu à la place de Dieu, alors que ton être-même ne peut subsister qu’en étant nourri de l’Être de Dieu, pourquoi alors substituer à la présence divine des notions culturelles?

La Foi en Dieu est une Foi agissant dans le cœur, c’est-à-dire transformant ce cœur ou lui apportant la guérison. Tu es avec ton Seigneur soit en confrontation, soit en connexion, soit en communion entre ton être et le Sien, car Il a en Lui une Vie qui agit dans la tienne et les conceptions philosophiques ne peuvent Le remplacer. Car Dieu est vivant et tout ce qui est autre n’est que concept que ton intellect peut recevoir mais qui ne peut réanimer ton âme.

Je n’ai pas voulu insister sur les souffrances que tu endures à cause de tes fautes, de la maladie ou des crises du pays et du monde, je ne suis pas en train d’insinuer qu’elles sont le seul moyen pour aborder Dieu. Oui, de nombreux versets dans l’Écriture appellent le souffrant à demander de l’aide à Dieu car l’Écriture Sainte veut nous guérir, en cela David a dit: «Des profondeurs j’ai crié vers Toi, Seigneur» (Ps. 129, 1) et en disant «profondeurs» il parle de l’affliction dans laquelle nous nous jetons. Mais les Justes s’élèvent auprès de Dieu en raison de leur joie dont ils savent qu’Il est la source. Voilà pourquoi ils demeurent dans l’espérance et non pas uniquement en usant d’incessants appels au secours.

Et quand nous parlons, nous chrétiens, de la croix sur laquelle chacun d’entre nous est crucifié, nous demandons qu’elle soit écartée de nos épaules, de par la souffrance qu’elle représente, mais nous croyons que notre propre croix est notre chemin à la résurrection et nous ne parlons pas de la Résurrection du jour dernier mais nous voulons par cela que Dieu soit notre vie et notre résurrection, et que ceci soit à réaliser ici-bas.

Nos souffrances présentes, si nous les acceptons avec gré, reconnaissance et espérance, nous procurent l’énergie de consolation car nous savons que le Seigneur «se souvient» de nous et nous «visite» à travers elles comme disent les saints. Nous savons, si nous sommes croyants, que Dieu cohabite avec la souffrance et demeure en nous bien que nous soyons dans le péché, et ce pour l’éloigner de nous afin que notre cœur soit purifié.

L’affliction est une épreuve qui nous arrive à cause de la déchéance du monde. Elle est telle qu’elle est et nous ne connaissons pas toujours sa raison d’être. Dieu soigne l’homme à partir de la situation dans laquelle il se trouve: Il converse avec lui, le sermonne, le châtie et l’aime tout à la fois, afin que la colère le quitte et que la paix vienne en lui. Et avec cette paix intérieure, il cohabite avec la guerre, avec la faim, avec les restrictions et les difficultés psychologiques.

La guérison physique peut venir en raison de la miséricorde divine et t’accompagner tout au long de ta vie. La paix, elle, est ton remède quand bien même la maladie persiste, et là tu peux vivre toute situation, qu’elle soit ou non raisonnable selon l’échelle humaine.

Dans le christianisme nous n’appelons pas à l’héroïsme, mais nous appelons à la patience, et la patience n’est ni la résignation ni la défaite devant la situation existante, mais c’est la confiance en Dieu qui te soigne comme Il l’entend et te suggère que ta plus grande calamité est l’iniquité à laquelle tu fais face par le repentir, c’est-à-dire par la présence de Dieu en toi.

Dieu ne supprime pas l’histoire écrite par les peuples, n’abroge ni ton propre temps ni l’espace dans lequel tu vis, mais Il t’accompagne dans ton temps et ton espace et, si tu patientes ici-bas, tu recevras ici-bas Ses consolations. Le Ciel alors demeure en toi avant que tu ne demeures en lui au jour dernier.

Ce qui veut dire que Dieu ne te prive pas des dimensions horizontales qui sont attachées à ton corps et à tes sentiments, mais qu’Il te fait miséricorde par la dimension verticale et veille à ce que tu la gardes.

Ce Dieu n’est pas comme tu le vois une pensée abstraite. Il est Vérité, Existence, Joie et Bonheur. Ainsi tu fais face à toi-même, à l’histoire de ta nation et aux souffrances du monde.

Tout cela ne s’accomplit en toi qu’en croyant que Dieu est Espérance, et qu’Il est pour toi un don qui ne connaît pas de fin.

Traduit par Père Marcel et Claudine Sarkis

Texte Originale: – « البعد الأفقي والبعد العامودي »15.09.07

Publié dans le Bulletin «Le Bon Pasteur» n°9 mars – juin 2008

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2006, An-Nahar, Articles

Cana / le 05.08.2006

Il y a quelques années, de passage à Cana, mon guide me fit visiter les tombeaux des martyrs du massacre perpétré par les Israéliens en 1996. Serrées les unes aux autres, ces sépultures témoignent de l’iniquité et du silence des peuples. Après le nouveau massacre, j’ai vu les corps des enfants portés par les secouristes de la Croix Rouge. Je les ai vus, assassinés, dans toute leur innocence. Ont-ils été ensevelis? Leurs proches ont-ils pu recueillir leur dépouille? Sont-ils eux aussi morts dans ce massacre? Israël au cœur sec est l’ennemi de la tendresse (de l’enfance). Il dénie toute vie prospère à ceux qu’il nomme les « gentils ».

Ceux qui appellent (prient) le Christ dans leurs épreuves, ont recours à Lui dans les différentes étapes de Son passage sur terre. Mon lecteur n’est pas sans savoir que le Bible mentionne très peu l’enfance de Jésus. J’aime lire dans l’Evangile de Luc ce qu’il dit de l’enfance du Seigneur: « Cependant l’enfant croissait et se fortifiait en esprit, étant rempli de sagesse; et la grâce de Dieu était sur lui » (2: 40).

Israël n’a pas permis aux enfants de Cana de croître et de se fortifier en Esprit car ce sont des Gentils (Goïm en hébreu). Il lui est égal qu’ils meurent ou qu’ils vivent, ils ne sont pas les enfants de la promesse. Il lui suffit que les enfants juifs grandissent, qu’ils soient forts de corps et de tête, qu’ils poursuivent des études à l’Université Hébraïque de Jérusalem (Al-Quds) ou ailleurs, qu’ils s’entraînent au maniement des armes pour tuer tout ceux qui entravent leurs conquêtes.

Tu aimes les bourgeons, car tu attends l’éclosion des roses. Tu crains qu’on ne les cueille avant terme car tu aimes leur complétion. Nous pleurons tous les bourgeons fauchés. Israël pleure uniquement Israël afin de témoigner de son Dieu, Dieu tribal, vainqueur des autres dieux. Il est inadmissible à aucun dieu que les enfants du Liban meurent. Les enfants du Liban n’ont pas de technologie pour « s’émanciper », ils n’auront pas d’avions de combat dans leur petit pays. Leur existence n’est qu’adhésion à leur terre pauvre. Un poète hébreu a dit, il y a longtemps en Irak : « Fille de Babel qui doit périr, heureux qui te revaudra les maux que tu nous a valus, heureux qui saisira et brisera tes petits contre le roc! » (Psaume 137: 8 et 9).

Après cette maudite guerre, qui apprendra aux juifs à aimer les enfants des Gentils comme leurs propres enfants? Qui leur redira les paroles de Jésus de Nazareth : « Laissez les petits enfants et ne les en empêchez pas de venir à moi; car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume des Cieux » (Matthieu 19: 14).

***

Notre grand problème avec nos assaillants n’est pas uniquement la paix pour le Liban dont nous ne savons pas l’échéance ni même la probabilité. C’est leur problème avec eux-mêmes qui est en cause. Dieu les inspirera-t-il un jour, en dépit de leur haine, de croire à l’enfance et de traiter tous les humains avec gentillesse. Je ne dénie à aucun Israélien son amour pour ses enfants, c’est viscéral. Je ne dénie à aucun juif hors d’Israël, ou non « israélisé » mentalement, d’aimer les enfants des autres.  Si la conviction est ancrée, dans cet Etat militarisé, que tout enfant arabe est un soldat en puissance qu’il craint, son comportement vis-à-vis de cet enfant serait-il conditionné par cette crainte, selon la méthode de la guerre préventive adoptée par George Bush fils? Selon cette logique admise par certains néoconservateurs américains, l’assassinat préventif des enfants est une chose très plausible. Si une guerre préventive a besoin d’être basée sur le mensonge comme ce fut le cas en Irak, le génocide des enfants étrangers a besoin d’être basé sur la haine.

Nous aimons les individus juifs, selon notre tradition, en dépit de nos divergences sur l’appréciation de leur théologie. L’Islam n’a, par contre, aucun problème avec le judaïsme même si il l’avait durant la vie du Prophète. Les juifs n’ont jamais bénéficié d’autant de liberté qu’en terre d’Islam. Nous nous en souvenons, nous autres personnes âgées, de cette grande liberté dont ils jouissaient en Egypte et dans les pays du Maghreb. Mais aujourd’hui, un problème difficile nous sépare: Cana. Ce problème ne peut être résolu que si les israéliens se repentent sincèrement et admettent que nos enfants et leurs enfants sont égaux. Il aurait mieux valu qu’ils perdent des batailles que de tuer un seul enfant du Sud. Henri Bergson a dit que si l’assassinat d’un seul enfant devrait sauver la terre, que la terre soit détruite et que cet enfant vive.

Aucune nation ne peut être aussi militarisée que celle qui nous détruit et conserver en elle de la compassion. Qu’elle construise des usines et produise des armes, son cœur demeurera entaché et habité par le démon.  Selon la tradition hébraïque les enfants ne sont pas les seuls à subir la maltraitance, les adultes aussi ne bénéficient d’aucune pitié. Dans le Deutéronome, il est dit: « Lorsque tu t’approcheras d’une ville pour la combattre, tu lui proposeras la paix. Si elle l’accepte et t’ouvre ses portes, tout le peuple qui s’y trouve te devra la corvée et le travail. Mais si elle refuse la paix et te livre combat, tu l’assiégeras. Yahvé ton Dieu la livrera en ton pouvoir, et tu en passeras tous les mâles au fil de l’épée. Toutefois les femmes, les enfants, le bétail, tout ce qui se trouve dans la ville, toutes ses dépouilles, tu les prendras comme butin. Tu mangeras les dépouilles de tes ennemis que Yahvé ton Dieu t’aura livrés. C’est ainsi que tu traiteras les villes très éloignées de toi qui n’appartiennent pas à ces nations-ci. Quant aux villes de ces peuples que Yahvé ton Dieu te donne en héritage, tu n’en laisseras rien subsister de vivant. » (20: 10-17) De même dans le livre de Josué: « …ils s’emparèrent de la ville. Ils vouèrent à l’anathème tout ce qui se trouvait dans la ville, hommes et femmes, jeunes et vieux, jusqu’aux taureaux, aux moutons et aux ânes, les passant au fil de l’épée. » (6: 20 et 21)

Un peuple, dont la pensée (philosophie) est telle, exécutée en Palestine par les gangs Irgun et Stern lors du mandat anglais, a besoin d’être prêcher pour renier totalement le sionisme, sinon chez lui, toute douceur sera fausse, toute miséricorde bannie. Cana continuera donc à être l’exemple de ses actes militaires.

Il est impératif que les assassins qui ont commis le crime de Cana soient châtiés. Une commission internationale doit définir la responsabilité d’Israël dans ce massacre perpétré à l’encontre de la Charte des droits de l’homme. Passer outre un tel châtiment, accorderait au criminel la possibilité de récidiver quand bon lui semble. « Dans le châtiment vous aurez la vie ». Afin que les blessés et les parents des victimes ne deviennent la proie de la haine. Par le châtiment viendra la guérison des cœurs pleins de haine et leur possible repentance.

Ce n’est qu’ensuite –et non avant– que peut survenir la paix, une paix qui à elle seule n’a pas pouvoir de guérison sur les cœurs meurtris. Les Libanais qui ont subi ce qu’aucun autre Etat arabe n’a supporté serons les dernier à signé la paix pour se garantir des horreurs du bombardement, de la destruction et de la mort répétées fois après l’autre. Afin que le pays se relève (renaisse) et pour éviter tout récidive de la catastrophe, nous sommes supposés former une société unie, sans dissension aucune. Aucune ville, aucun village, aucune localité ne doit supporter le calvaire de Cana, et l’innocence ne doit pas déserter les cœurs. Ceci implique une sensibilisation mondiale, une conscientisation à l’échelle des Etats de l’existence même du Liban. Ce beau pays si doux ne demande rien d’autre que d’éviter les agressions répétées. Ce serait une catastrophe pour l’humanité entière si nous devenons un pays complètement détruit.

La gloriole de l’Etat d’Israël doit disparaître à jamais pour que notre pays soit préservé (ne soit pas incinéré). Israël ne trouvera pas de repos si nous pleurons les « larmes de la nuit » comme dit Jérémie. Nos enfants ne doivent pas errer prisonniers et orphelins. Dieu éloigne ta colère de notre terre, donne-nous ton Esprit consolateur afin que personne ne nous engloutisse. Aies pitié de nous, O Dieu notre Sauveur. « Les enfants et les vieillards sont couchés par terre dans les rues« . Dieu ne permets pas que les os de nos enfants et de nos jeunes soient brisés. Tes miséricordes sont infinies. Préserve la dignité de notre vie car nous t’adorons. « Notre partage a été la terreur et la fosse, Le ravage et la ruine. » (Lamentations de Jérémie). « Les enfants demandent du pain, Et personne ne leur en donne.« 

Ne nous prive pas de nos chants, nous sommes le pays de la joie. Ne détourne pas Ta Face dans ces jours de malheur. Ne nous oublies pas et rends-nous ce que nous avons perdu, car nous croyons que Tu es la Vie et la Résurrection. Ne nous écarte pas jusqu’à l’éternité, éloigne de nous Ta Colère. Viens Dieu, viens et prends soin des victimes immolées à Cana, au Sud, dans la banlieue et toute région sinistrée. Rends-nous notre enfance et considère-nous innocents par notre retour vers toi, aussi innocents que les fils de Cana la bien-aimée.

Traduit de l’arabe.

Texte Original: « قانا » – 05.08.2006

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2006, An-Nahar, Articles

Cette Guerre Terrible /

Depuis le début de cette épreuve, je demande à Dieu de combler le Liban de Son infinie compassion. Sa compassion est d’arrêter cette guerre qu’Israël, dans sa haine, a provoquée. La mort, terrible, démoniaque, gratuite, nous est imposée, accompagnée de la destruction, du déchirement et de l’éclatement du pays. Notre ennemi se complait de notre mort, nous peuple innocent, avec nos communautés, quelles que soient les opinions des différentes parties.

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Un tel comportement de la part d’Israël ne m’étonne pas, c’est dans les us de ses ancêtres qui ont ordonné le génocide des Cananéens, c’est-à-dire nous. C’est antérieur aux textes relatifs à la fondation de l’Etat d’Israël, un état juif qui ne se mélange pas, par principe, aux autres races. Ceci est une position exclusive dans la fondation des états modernes.

Ceci ne m’étonne pas. Ce qui m’étonne, par contre, est l’alignement des américains et de la majorité des européens derrière l’Etat d’Israël ainsi que les déclarations américaines sur le droit d’Israël à se défendre. Qui l’a attaqué? Si M. Bush entend par là l’enlèvement de deux soldats israéliens, la réplique est-elle de perpétrer massacres et destruction, de terroriser et d’affamer le peuple du Liban? Brûler le Liban est-il nécessaire pour récupérer ces deux soldats? Il n’y a pas entre cet enlèvement et cette guerre totale une relation de cause à effet. Qui pourrait croire qu’une opération militaire d’une telle envergure n’a pas nécessité des mois de préparation et ce dans le cadre d’une énorme action punitive contre le Liban et qui fait partie d’un projet politique mondialement agrée qui secouerait toute la région? Le grand mensonge, après l’échec des américains en Irak, est qu’ils pensent que le Liban est prêt à devenir le spécimen de l’état démocratique libre parmi les pays arabes, et ensuite ils   bénissent, sinon tolèrent que le Liban  soit attaqué. Une démocratie est-elle possible dans un pays affaibli? Après la politique de la terre brûlée que les israéliens s’acharnent à demander et s’efforcent d’appliquer, qui peut instaurer un état démocratique, civilisé, exemple de liberté pour tout le monde arabe?

Certains pourraient croire que l’enlèvement des deux soldats est un acte stupide de la part du Hezbollah (je ne prétends pas l’excuser), c’est, par contre, une cause directe de l’entravement du dialogue national, dialogue qui aurait pu trouver une forme d’entente entre ce parti et les autres factions en présence. Une dissension, déclarée ou implicite avec le Hezbollah ne peut, pour le moment, que servir Israël et les états qui le soutiennent. Quoi qu’il en soit, cette guerre va renforcer le «libanisme» du Hezbollah, ses alliés externes et ceux qui lui procurent une aide financière, ne tiendront pas compte de son avis quand il s’agira d’une entente avec les américains. Une victoire de la résistance dans cette guerre renforcera le Liban et le Hezbollah sortira de cette épreuve plus uni avec tous les libanais sans questionnement sur son libanisme.

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J’ai écrit ces lignes lundi dernier (17 juillet), un accord de cessez-le-feu pourrait peut-être survenir avant leur publication. Ce que les libanais doivent comprendre, c’est qu’il est essentiel de rechercher des sources pour renforcer et réformer leur gouvernement, une grande mobilisation est nécessaire pour nous sortir de notre chaos. Dans la  paix ou dans la trêve, nous devons non seulement reconnaître notre ennemi qui nous tue maintenant, mais aussi ceux qui ont une attitude tiède envers nous et ceux que notre sort indiffère. Malheur à ceux qui ne réalisent pas alors qu’une vraie unité nationale ne peut se bâtir que sur une allégeance absolue et inconditionnelle envers la patrie uniquement. Les états qui, lors du départ des troupes syriennes,  se sont déclarés pour la souveraineté du Liban, font preuve aujourd’hui de leur appui total à Israël. Sommes-nous capables de démontrer à ces nations que le Liban est aussi un absolu,  et que nul n’a le droit de le regarder brûler comme Néron a regardé brûler Rome accusant les chrétiens d’un acte qu’il avait lui-même commis. Sous la mort que nous subissons aujourd’hui, nous avons le droit d’être en colère et de ne pas compter uniquement sur les autres pour notre existence. Nous ne sommes pas un peuple rancunier, mais n’avons-nous pas le droit d’être en colère?

Nous nous serions plongés dans une mort totale, si, une fois cette épreuve finie, nous nous laissons aller à de stupides exacerbations sectaires.  Nous bénirons celui qui nous apporterait la victoire, car c’est notre victoire à tous. C’est ainsi que l’histoire passe. Malheur à tous les arabes si Israël est vainqueur, car alors elle les asservira tous.

Les nations occidentales n’ont pas compris qu’une paix dans la région ne sera pas une paix américaine, mais une paix israélienne. L’Amérique n’a pas compris qu’elle était l’instrument d’Israël, et que dans sa psychologie profonde, Israël n’a pas d’allié, en dépit d’une alliance stratégique avec les Etats-Unis. C’est une alliance juridique et non psychologique. Je souhaite que les chrétiens du monde réalisent qu’une suprématie des juifs, que peut apporter une victoire israélienne, est en premier lieu un danger pour les chrétiens, car la vraie lutte au niveau de la doctrine, est entre l’Eglise et le judaïsme. La nonchalance des chrétiens de l’Occident, face aux juifs et au judaïsme, est manifeste dans la théologie occidentale depuis quatre vingt dix ans. Nous n’en étions pas encore les victimes, nous autres Eglises d’Orient, Orthodoxes ou non, mais si nous en subissons l’influence, nous tomberions dans l’hérésie d’un christianisme judaïsé.  Derrière l’arrogance israélienne apparaît une arrogance juive claire qui voue une haine à la personne du Christ, qui hait en particulier Saint Paul qui a contredit le judaïsme. Tout ceci apparaît clairement dans la littérature juive, mais qui lit?

Les chrétiens du Liban n’ont peut-être pas aujourd’hui un grand poids dans la politique de leur pays, mais je leur déclare clairement que les Israéliens ne préfèrent pas leur existence à celle de l’Islam, car les chrétiens libanais n’ont rien à offrir pour être aimés des juifs, tandis que les musulmans possèdent le pétrole. Nous avons coexisté avec les arabes musulmans à différentes périodes, pacifiques pour la plupart, et nous avons trouvé au Liban un principe de coexistence nous garantissant la plus grande liberté possible. Nous ne jouirons jamais d’une meilleure liberté à l’ombre d’une paix juive.

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Après les souffrances, la créativité doit être et  le pardon régner sur toute la mosaïque libanaise, ceci exige qu’aucune communauté ne doit porter la responsabilité de cette guerre, alors nous pourrons œuvrer ensemble pour la renaissance du Liban, ceci exigera de grands  sacrifices, nécessaires à la fondation d’un grand état.

Nous devrons endurer des souffrances, surtout si cette épreuve se prolonge. Notre solidarité est la condition de notre pérennité en tant qu’état libre, susceptible de devenir un prototype pour les arabes, qui en apprendraient la liberté totale pour leurs pays, nous pourrons même devenir un modèle pour le monde entier. Ne craignons pas la mort, car la mort est une liberté pour les vivants, ceci si l’on admet que l’individu et la collectivité forciront dans la pureté de l’esprit, cette pureté qui est la base d’un état fort et honnête.

Il reste à dire, que nos cœurs sont avec les déplacés, disséminés partout, ils ont besoin de nous tous et de nos prières. J’espère que Dieu nous inspirera tous, de leur offrir notre aide, directement ou par l’intermédiaire des associations humanitaires et de la Commission Supérieure de Secours, surtout en ce qui concerne la nourriture des enfants et les médicaments des malades chroniques. Le plus important est que les voisins des lieux où se sont réfugié les déplacés, leur fassent sentir que les libanais sont solidaires dans l’épreuve.

Nous prions Dieu que les combats s’arrêtent pour que chacun rentre chez lui, et que notre pays connaisse enfin la paix et le repos.

Traduit de l’arabe.

Texte Original: « هذه الحرب الرهيبة » – 22.07.2006

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2005, An-Nahar, Articles

Aime ton prochain comme toi-même / le 19 novembre 2005

Ce commandement de Jésus de Nazareth vient en fait de l’Ancien Testament qui en limite cependant l’application aux membres d’un même peuple: Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas de rancune envers les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Lv 19, 18). Le Nouveau Testament en a élargi l’application, faisant de chaque humain un sujet d’amour. La façon dont ce commandement y est exprimé dans le mode impératif: Aime, Tu aimeras (cf. Lc 10, 27), clarifie que l’amour est un ordre divin et non seulement un simple mouvement affectif. En effet, en aimant, le cœur peut ressentir un tel sentiment ou bien s’en abstenir. L’amour est donc l’objet d’une loi dont la signification se résume en ce qu’il faut aimer son prochain comme soi-même.

L’idée sous-jacente dans l’Ancien Testament est qu’il existe un lien entre les tenants de la Loi. Ils appartiennent tous au peuple des justes. Ils sont censés être unis par le lien de la sanctification. Dans ce contexte, aimer, c’est affermir l’entité divino-humaine du peuple juif.

Le Christ ne nous fait pas appartenir à un peuple particulier. En aimant, nous constituons le peuple des aimés. C’est pourquoi Jésus proposa la parabole du Bon Samaritain en réponse au docteur de la Loi qui lui demandait: Qui est mon prochain? À cette question, le Seigneur a répondu par une autre: Lequel s’est montré le prochain de l’homme tombé aux mains des brigands?. Le docteur ayant répondu: Celui-là qui a pratiqué la miséricorde, Jésus lui dit: Va, et toi aussi, fais de même (Lc 10, 9-37). Il a voulu dire que tout homme nous reste étranger tant que nous ne prenons pas en considération ses douleurs et sa solitude. Il ne nous demande donc pas d’avoir simplement pitié. La pitié est le résultat d’un sentiment spontané. Il veut nous dire qu’aimer c’est aider. Pour Jésus, c’est par l’amour actif que se constitue le peuple des aimés.

Pourquoi la Loi a-t-elle prescrit d’aimer? La Loi ne laisse personne agir à sa guise. Elle ne connaît pas d’amour-passion. L’homme peut avoir des passions pour ou contre les autres, comme il peut ne pas en avoir. Le sujet de son animosité peut mourir, comme il peut lui arriver lui-même de périr. S’il meurt en état de rancœur, il meurt séparé des autres. Le lien qui l’unissait à eux au sein du peuple saint est défait. Si nous excluons quelqu’un de l’amour, nous nous en excluons aussi. Nous excluons aussi Dieu qui illumine notre unité existentielle. Or, il est dit: Aimez vos ennemis (Mt 5, 44). Aimer l’ennemi, c’est se débarrasser de tout esprit d’inimitié. C’est aider l’ennemi à s’en débarrasser lui aussi et en tout cas l’aider à se libérer de l’exclusion.

Si l’amour représente un code de conduite et de vie entre les humains, il s’en suit qu’il n’est pas dû aux qualités de la personne qu’il nous faut aimer. Elle peut être répugnante dans tous les sens du terme. Il n’est pas en effet donné à tout un chacun de briller d’un éclat divin. Il peut ne pas être doté d’une politesse exquise. Il se peut qu’il n’aie pas été effleuré par quelque peu de civilisation. Il faut pourtant l’aimer tel qu’il est pour naître à nouveau. Nous n’aimons pas quelqu’un parce qu’il le mérite ou pour qu’il nous paye de retour. Son âme peut être avare, aride et dépourvue de toute bienveillance. Tout cela ne doit pas nous freiner, car nous devons vivre de la grâce descendue d’en haut. Elle doit nous suffire. Elle transforme nos déserts en paradis. Quand Dieu nous suffit, nous vivons dans la plénitude de notre être. Nous pouvons être tentés par telle ou telle autre mode humaine. Ces modes peuvent susciter notre ardeur ou même parfois refléter des lumières divines. Quoiqu’il en soit, nous devons demeurer dans le désert de l’amour, selon l’expression de Mauriac, et y vivre en toute plénitude, dans la mesure où nous sommes conscients d’être les aimés de Dieu.

L’amour de Dieu nous sauve. Il faut nous rendre compte que cet amour nous enveloppe et ne rien demander d’autre. Il nous arrive parfois de ressentir que l’affection de quelqu’un envers nous est un reflet de l’affection que Dieu nous porte. Toute la valeur de l’amour affectif serait de nous permettre de réaliser la paternité de Dieu. Dieu peut être déchiffré à travers tout ce qui existe dans ce monde. Le monde est un grand livre. Bienheureux ceux qui parviennent à épeler le Nom de Dieu dans chaque ligne de ce livre!

En essayant de comprendre plus profondément ce qu’a vraiment voulu dire Jésus dans ce commandement, nous réalisons que le prochain est celui qui est l’objet de notre compassion et de notre service mené jusqu’au bout. Aime ton prochain comme toi-même ne peut donc vouloir dire que: «Aime ton prochain plus que toi-même». Il serait futile de dire, par exemple: «Donne à manger à ton prochain autant que tu manges», car la situation de l’autre peut parfois exiger que tu enlèves la nourriture de ta propre bouche pour la lui donner et que tu te dénudes pour mieux l’habiller. L’équilibre quantitatif entre ta nourriture et la sienne ou entre vos vêtements respectifs signifie seulement que tu n’aimes pas vraiment jusqu’au bout. Cela veut dire que tu ne veux pas faire l’économie d’aucun moyen pour t’assurer une vie meilleure et que tu ne veux donner que de ton surplus. Un équilibre de ce genre te conforte dans le fait d’exister, quant l’amour signifie parfois le renoncement à ta propre existence pour faire vivre l’autre.

Ce commandement n’a pris toute sa plénitude que par Celui qui a aimé tous les hommes se donnant jusqu’à la mort pour eux sur la Croix. En se donnant ainsi, il les a considérés plus importants que sa propre vie. Par son exemple, nous nous trouvons justifiés de dépasser le commandement dans sa signification juive, basé sur l’amour des semblables et d’arriver à cette formulation: «Aime ton prochain plus que toi-même». En réalisant l’amour de Dieu pour nous dans le Christ, nous mourons au monde ou bien nous faisons mourir le monde en nous. Nous devenons conscients de ne pas exister par nous-mêmes. Nous cessons de donner de l’importance à ce que nous sommes. Nous croyons fermement que le Christ, par sa mort, nous donne l’existence. Notre être, ainsi renouvelé, se transforme en un autre être, celui de l’autre qu’il régénère et rend à la vie.

Nous devons aimer indépendamment des penchants ou des défauts de celui que nous aimons. Il peut être repoussant comme l’était la face du Christ sur la Croix. Il n’est pas important de voir la beauté des êtres pour les aimer. Nous ne les serrons pas sur notre poitrine mais sur celle du Christ. Il n’est pas nécessaire d’avoir des liens permanents avec celui que nous aimons en Christ. Il peut avoir besoin de nous aujourd’hui et se suffire à soi-même demain. Nous pouvons l’avoir beaucoup aidé ou même l’avoir longtemps soutenu. Qu’à cela ne tienne, il nous faut être toujours prêts à tourner notre visage vers un autre ayant besoin de compassion. Le visage de l’autre devient ainsi pour nous celui du Christ. Il est évident qu’en disant: J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger (Mt 25, 35), Jésus parlait de la faim des affamés et non de sa propre faim. Du fait que nous sommes des serviteurs, nous devons toujours rester attentifs aux besoins de ceux que nous servons: toujours présents, prompts à consoler et à réconforter, prêts à rassasier, disposés à conseiller. Dès qu’un besoin est porté à notre attention, nous devons nous faire proches et nous donner.

Il arrive que celui que nous aidons soit touché par notre attention et nous le rende en affection et en nous faisant une place dans son cœur. Il nous faudra alors être vigilants. Le danger d’une telle affection est de nous faire croire à une quelconque importance de nos dons. Cela ne devrait avoir aucune place en nous. Nous devons veiller à n’être rien à nos propres yeux. Nous aimons l’autre seulement pour qu’il réalise qu’il est aimé de Dieu. S’il nous rend notre affection, nous avons reçu notre dû. Il n’y a pas de mal à cela, mais ce n’est guère important. La seule importance d’un tel épanchement affectif est de porter les uns et les autres à se transcender et donc à les rapprocher de Dieu.

En réalité, nous donnons au Christ, car Il habite dans l’autre, en particulier dans celui qui est dans le besoin. Le Christ est le pauvre par excellence, le totalement pauvre. Il n’a reçu de l’humanité qu’un refus. Nous sommes donc avec lui et en lui en tous ceux qui souffrent. L’aimant et l’aimé sont unifiés dans l’unicité du Christ, qui a répandu par son sang le don jailli de toute éternité du cœur de Dieu. Celui qui demeure en Dieu est le seul à nous faire habiter en Lui. Si nous nous contentons d’habiter dans l’autre, nous voisinerons à la fois avec ses beautés et ses turpitudes. Nous devons alors nous suffire de peu et nous restons sur notre faim. C’est vrai que l’affection se nourrit d’affection. Il est même possible d’y trouver un tison divin. Mais, le discernement humain tourné vers Dieu et libéré du moi sacrifie le moi et alors Dieu se découvre dans les autres. Ce qui est important est de transmettre Dieu et notre foi en lui. Je ne dénie pas la légitimité d’un mouvement affectif et de la joie trouvée dans la rencontre de deux cœurs. C’est une récompense qui nous est donnée. Nous ne devons cependant pas nous attacher à celui que nous aidons, car notre but est de faire tourner sa face vers celle du Seigneur pour qu’il rende grâce et accède à la vie.

An-Nahar (Beyrouth), 19 novembre 2005.

Texte Originale: « تحب قريبك كنفسك »

Traduit par Service orthodoxe de presse (SOP).

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2005, An-Nahar, Articles

La Patience / le samedi 15 Octobre 2005

Beaucoup pensent que la patience est résignation devant le destin, une situation étouffante ou un état de fait imposé par la famille, le travail, le pays ou tout autre groupement humain. Ceux qui se résignent ne changent pas ; ils ne bougent pas par peur du choc qui pourrait résulter d’un changement. Tout nouveau les effraie parce qu’il impose un choix et des attitudes non encore expérimentées. Il invite à un comportement nouveau qui risque de perturber un confortable enracinement dans des habitudes anciennes. Le nouveau s’oppose à la conviction que ‘tout est prédestiné’ qui tend à laisser Dieu réfléchir à la place des humains et  résoudre leurs problèmes sans aucune participation de leur part. Il n’y a pas de doute que le déterminisme est une philosophie de vie très courante dans nos pays. Il est probable qu’il vient du nomade qui dort en nous, qui constatait que le soleil était toujours à sa place au-dessus de sa tête et que le désert s’étendait inlassablement sous ces pieds. La première capitulation se fait donc devant la nature.

La capitulation devant l’Etat  n’en est pas moins douloureuse. Tout Etat est oppressif. Cela se découvre à nous tous les jours ici et partout dans le monde, comme si l’histoire était immuable et comme si le dicton : ‘L’injustice pour tous nous rend tous égaux’ était une norme universelle. Ce que nous qualifions de gaspillage de nos ressources est appliqué ailleurs. La seule différence entre les pays est que dans certains les juges sont honnêtes tandis que dans d’autres, ils sont sous la coulpe des puissants. C’est la situation des pays du Tiers Monde, dont le nôtre, où personne ne croit que l’Etat est capable d’imposer la loi et de faire régner la justice.

S’ajoutent à tout cela les complications inhérentes à notre propre personnalité et à nos transgressions. Nous ne sommes pas sans réaliser que nous répétons chaque jour ce que nous avons toujours fait. Nous savons aussi que les apparences ne donnent pas une image fidèle de ce qu’il y a vraiment en nous. Souvent, elles cachent beaucoup de pestilences dont nous ne sommes pas prêts à nous débarrasser par le repentir, car toute vraie repentance demande un gros effort, continu et fatigant. Tout un chacun connaît quelques notions d’analyse psychanalytique et a une idée du prix exorbitant qu’elle suppose. Nous avons aussi tous lu récemment beaucoup d’articles sur la campagne colossale lancée en Occident contre de telles analyses. Certains auraient voulu utiliser ces analyses pour guérir. Ils n’en peuvent mais et découvrent qu’il n’y a pas d’espoir de guérison chez les médecins.

Confronté à de telles situations, l’homme se laisse abattre. Il peut même se complaire dans sa déroute et accepter sereinement de vivre dans l’erreur. Il est pris comme dans un tourbillon dont il ne veut pas sortir. Il se sent fatigué. Il angoisse et ne craint pas d’aller ainsi vers la mort qui devient pour lui la dernière étape sur le chemin du désespoir. Il ne fait aucun doute que celui qui réagit de la sorte a une foi chancelante. Bien qu’il n’en soit pas convaincu, il n’est pas encore parvenu à la patience des justes.

Celui qui vit de cette patience est touché, comme les autres, par la tristesse. Mais, il n’y demeure pas éternellement. Il commet des péchés comme tout le monde, mais il se reconnaît pécheur. Il sait que la terre ne se dérobe pas sous ses pieds parce qu’il est ancré en Dieu en Qui il fait sa demeure. Dieu n’a pas de maisons ici bas. Il est la maison. Cet homme est blessé comme les autres, mais il sait que Dieu est là pour panser ses plaies. Il attend d’être consolé par Sa venue tout en restant vigilant (éveillé ?). Il peut attendre longtemps. Dieu finira par venir.

§§§§

Le temps ne peut pas l’aider car il n’a pas de consistance. Il augmentera sa fatigue et lui causera encore plus d’ennui. Nous vivons tous dans le temps. Mais, le croyant domine le temps par ce qui le surpasse, c’est-à-dire par l’éternité de Dieu. Pour cela, il est dit dans les Ecritures : ‘C’est Toi mon Dieu que j’espère’ (Ps. 38 : 16). Celui qui persévère espère en ce Dieu qui vient vers lui, à cause de Sa promesse et de Sa miséricorde. C’est pourquoi rien ne peut le prendre en esclavage, car il est né d’en haut, selon l’expression de Jean le Bien Aimé. Le croyant sait que son existence lui est donnée. Il sait aussi que ses efforts ne le feront pas renaître. Il est cependant conscient qu’il se doit de les fournir par souci d’obéissance. Par son insistance et sa rigoureuse logique, saint Augustin a eu le mérite de souligner que le salut est avant tout l’œuvre de la grâce. La grande différence entre les croyants et les gens du siècle est que ceux qui ont la foi savent qu’ils viennent de Dieu et non de la terre, même si cette dernière a façonné leur corps. Persévérer, c’est s’arracher aux liens de maternité avec la terre pour affirmer la paternité de Dieu. Celui qui agit ainsi vit dans la confiance que tout oppresseur ne peut flageller que ce qui appartient à la terre. Il sait aussi que la poussière n’aura pas de part dans le Royaume de Dieu. Il garde donc ses yeux cloués sur la vie éternelle, c’est-à-dire sur cette vie qui vient de Dieu, parce qu’elle est Sa propre Vie.

Dans notre vie quotidienne,  il arrive souvent de nous trouver face à une impasse sans en avoir la solution parce que nous voudrions rester fidèles à Dieu. Il s’agit alors de résister devant l’obstacle jusqu’à ce que la foi le fasse bouger. Il ne sert à rien de se marteler la tête contre le mur, car nous avons besoin de notre tête pour y puiser la sagesse.

Pourquoi Jésus a-t-il dit : ‘Celui qui aura tenu jusqu’au bout sera sauvé’ (Mat. 24 : 13)? Pourquoi jusqu’au bout? Sans doute pour éviter que l’on soit tenté d’hésiter entre une solution terrestre et une autre inspirée d’en haut. Le mystère de l’homme qui arrive à tenir jusqu’au bout consiste en ce qu’il prie et qu’il se retrouve soi-même en priant. Dans la mesure où il attend Dieu, il se vide de ses prétentions de puissance et il s’ouvre vers le ciel qui ne tarde pas à le couvrir de ses bienfaits. Supporter l’emprise du temps lui fera réaliser son état de pauvreté et apprendre à l’aimer.

Assouvir tous les désirs jusqu’à l’outrance nous distrait de la recherche de Dieu. L’éveil (ou vigilance ?) nous pousse à cette recherche. C’est un autre nom de la patience (ou de la persévérance ?). C’est un charisme qui nous est donné, comme tout charisme, gratuitement. Ceux qui patientent (ou persévèrent ?) ne se laissent pas aller au repos. Ils vivent un mouvement intérieur constant, bien qu’ils apparaissent inertes aux yeux du monde.  Leurs mouvements se font naturellement dans le silence. Le silence empêche de rechigner, de se plaindre et de sombrer dans l’ennui, car il nous fait demeurer en Dieu. La vigilance (ou l’éveil) suppose aussi la quiétude (ou la sobriété spirituelle ou l’hesychia ?) et le souvenir de la mort. Elle permet d’affronter les plaisirs passagers, de devenir humble et de s’attrister sur ses péchés. Un de nos Pères a dit :’Bienheureux celui qui garde à chaque instant ses péchés devant les yeux, car il restera toujours éveillé’. Seule la divine tristesse,  c’est-à-dire la tristesse liée à la fidélité envers Dieu, garde notre esprit en éveil.

La relation avec Dieu, alimentée par des veilles de prière, nous aide à contrôler notre raison et notre cœur pour qu’ils soient toujours sous le contrôle du Verbe. L’oraison nous nourrit et nous fait vivre. Se maintenir dans cet état nous permet d’affronter toutes les mauvaises tentations et d’y résister à cause de la force emmagasinée en nous.

§§§§

L’apôtre Pierre nous dit: ‘Si faisant le bien, vous supportez la souffrance, c’est une grâce auprès de Dieu’ (1 Pi. 2 :20). Comme il est écrit plus haut, la patience (ou persévérance ?) vient du dedans, de cet édifice intérieur que nous devons ériger en nous. Elle nous rend maîtres de nous-mêmes en tout et devant toutes choses. Notre seule aspiration devient alors de demander avec tous les saints ‘le Royaume de Jésus et Sa constance’ (Apo. 1 :9). Dans ce contexte, la patience signifie la constance de notre enracinement personnel en Jésus.

Dans la mesure où nous vivons pareil enracinement, nous bénéficions d’une admirable vitalité pour changer le monde. Je voudrais réitérer ici que l’image de celui qui persévère comme une personne simplement sereine est une fausse image. Au contraire, il est celui qui bouge par excellence. Il supporte la prison, les tortures, l’acharnement dans les sévices. De même, il ne recule pas devant les épreuves et la lutte, car il ne connaît pas le désespoir, tant son espérance lui est continuellement donnée d’en haut.

Au sein de la détresse libanaise, seule la patience accompagnée d’un engagement dans l’action nous permettra de résister. Nous dépasserons ainsi les fautes et les péchés des uns et des autres. Nous réaliserons que nous y sommes tous partie prenante et qu’il faut demeurer dans l’espérance. Nous deviendrons conscients qu’il existe dans ce pays des purs refusant les compromissions et abhorrant cette mauvaise débrouillardise dont se prévaut un grand nombre et qui nous a beaucoup desservi depuis la nuit des temps. L’espoir d’une renaissance est bien là pourvu que nous restions vigilants (en éveil ?), l’esprit embrasé du feu de la foi en Dieu, car notre constance ne vient de personne d’autre que de Lui. Honte à nous si nous continuons à laisser faire. Il n’est plus permis de mentir comme nous l’avons fait si souvent. La pureté n’est pas inaccessible à celui qui la cherche. Elle suscitera un travail en commun pour rééduquer notre société civile et l’Etat et les amener à retisser des liens entre eux. Ainsi, le pouvoir apprendra à dépendre sur les compétences et les bonnes volontés au sein de la population et celle-ci profitera des bonnes décisions dans l’action gouvernementale.

Nous ne demandons pas au pouvoir d’être paradisiaque, mais simplement sérieux. Nous patienterons devant ses manquements. Nous le soutiendrons en toutes bonnes choses qu’il entreprendra pour assurer la nourriture aux pauvres, des soins réels aux malades et la scolarisation de tous nos enfants. Comment prouver au monde que le Liban est digne d’exister et d’agir en tant que pays réel, si chacun d’entre nous  ne se décide à  se purifier dans l’œuvre commune de la même façon qu’il se purifie dans le travail individuel ? Comment convaincre le monde qu’il a besoin de nous si nous ne nous montrons  pas responsables dans ce que nous entreprenons ?

Cela requiert de nous d’écrire une histoire nouvelle et de pratiquer des mœurs nouvelles qui sont la seule garantie de notre pérennité. Cela demande aussi une constance de notre service et beaucoup de sacrifices alliés à une grande fidélité envers notre patrie, convaincus qu’elle a des droits sur chacun de ses enfants et que nous avons tous des responsabilités envers elle. La patrie vivra ainsi en chacun de nous et de même nous vivrons en elle. Nous l’aimerons non seulement pour la beauté de ses sites naturels, mais aussi pour les vertus de son peuple et son aspiration à la dignité.

Une constance pareille fera de nous des saints, vigilants les uns aux autres, amoureux du bien, abhorrant le mal, espérant l’illumination de notre Liban par une lumière admirable.

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2004, An-Nahar, Articles

Jésus de Nazareth / le 27.12.2004

Je ne dirai rien de ce que disaient ses adeptes à son sujet; je ne répèterai point les dires de ceux qui l’ont renié; ces derniers étaient parfois médiocres. Toutefois, les proches qui lui restèrent fidèles, de même que les étrangers à la religion, le vénéraient et se sentaient attirés vers lui. Justement, à l’occasion de sa Nativité, j’ai quelque chose à dire, une parole ultime: ce qui vous saisit le plus chez cet Homme est l’absence de tout décalage entre ses actes et ses paroles. Il n’est que lumière.

Avant de développer le sujet, je voudrais noter que deux évangélistes, – à savoir Marc et Jean-, passèrent sa Nativité sous silence, alors que Paul se contenta d’indiquer qu’il prit naissance d’une femme. On dirait donc que les premiers Chrétiens, qui précédèrent la rédaction du Nouveau Testament, se souciaient peu de cet événement. D’ailleurs, les générations suivantes, qui connurent les évangiles, joignaient toujours la célébration de la Nativité de Jésus à celle de son Baptême dans le Jourdain, les deux événements étant considérés comme une même radiation de la lumière divine. Suivant cette logique, je m’ouïs affirmer que le Christ était né sur la Croix. Je réalisai d’autant plus le sens de ma parole: «c’est par là qu’il fit son entrée dans l’histoire, et dans les cœurs». Par conséquent, Noël ne trouve de sens que dans cette éblouissante lumière qui se révèle.

Il est très difficile, je sais, de tenter un exposé objectif, froid, de la vie du Maître. D’abord, cela ne s’est passé dans aucune religion. L’histoire est loin d’être une science absolument objective, au titre de la science physique, par exemple. Elle est toujours lue d’un point de vue subjectif. Bien entendu, il reste possible, dans une certaine mesure, de prendre ses distances avec la doctrine, au profit d’un plus large contact avec la masse. Ensuite, on ne peut vraiment rejoindre ce que l’Occident désigne par «L’école supérieure d’exégèse», pour s’appliquer à la recherche du «Jésus historique», indépendamment des quatre disciples qui ont écrit sur lui. Je dirais qu’une recherche du «Jésus historique» serait un ensemble de conjectures basées sur le texte en soi, mise à part la théologie des évangélistes, ou celle de l’Eglise primitive. A vrai dire, je n’ai d’autre contact qu’avec ceux qui ont écrit; les prenant pour témoins, ou pour des adhérents aux témoins directs. Cela dit, les évangiles sont cette perspective qui s’offre à notre regard; je m’y arrête, afin que mes lecteurs et moi puissions nous délecter de cette saison.

La littérature hébraïque postérieure à l’Ancien Testament – la rédaction duquel prit fin un siècle et demi av. J.C, nous met en présence de textes similaires aux quatre évangiles. C’est pourquoi il est justifiable de dire que le Nazaréen n’est pas venu ex nihilo. Or, sauf des juifs, ces écrits restent mal connus, sinon de quelques linguistes sémitisants. Mais pourquoi n’ont-ils pu donner la vie à l’humanité, de même que l’Evangile? Pourquoi, plutôt que ce dernier, ne s’avérèrent-ils pas révolutionnaires? En réponse, je dirai que s’il est de la force d’expression et de la profondeur en cette littérature, elles trouvent leur source en Jésus de Nazareth. Jésus, par son amour, se représenta cette littérature, la développa, et l’assuma comme comportement moral. De ce fait, les chrétiens qui recevaient l’enseignement de leur foi se trouvèrent, au fond, face à un personnage qui parlait comme nul autre, qui aimait comme nul autre. Dès avant la rédaction des évangiles, ils connurent ce personnage à travers les récits des Apôtres. Ainsi, ils subsistèrent sur ces quelques paroles pendant les quarante ans qui s’écroulèrent jusqu’à la rédaction du premier évangile dans l’histoire -celui de Marc. Cela fait cinquante ans jusqu’à Matthieu, et soixante jusqu’à Jean. Ils connurent sa pitié pour les malades, sa bonté envers les pauvres, sa clémence à l’égard des femmes de mauvaise vie; ils apprirent aussi son audace à affronter les oppresseurs sans aucune arme, sans aucune ressource. Ayant manifesté de telles abondantes lumières, il lui restait de montrer son intégrité, en s’adonnant à une mort volontaire. Celle-ci fut, et elle reste encore, une dernière parole adressée à l’humanité chaque jour livrée au massacre. En somme, sa mort fut peut-être la seule parole qu’il prononçât.

Certes, il fut reconnu pour sa charité, comme le remarque Ahmad Chawqi, mais c’est aussi le cas de la littérature bouddhiste. Or, le bouddhisme est hanté par l’idée de s’affranchir de la souffrance, pour disparaître ensuite dans le néant du nirvana. Jésus-Christ, lui, est hanté par l’idée d’une motivation profonde et pénétrante de l’être à s’offrir au service des faibles. Pourvu de patience, de magnanimité, de savoir et de moyens d’organisation, on persévèrera dans ce service afin de donner la joie aux souffrants de la terre. Si jamais ces derniers embrassent la foi, qu’ils sachent que nul ne disparaîtra, ni ne s’évanouira dans une éternité cosmique floue. C’est que, tout comme Jésus est le Bien-aimé de Dieu, chaque visage est aussi son bien-aimé. Et voilà que les bien-aimés se rencontrent, en conservant chacun son caractère unique. Alors, le monde n’est plus qu’une société d’éléments uniques, à l’image du Christ unique. Aussi, parmi le cercle des disciples, auxquels le Maître confère une dignité égale, voit-on se distinguer Pierre, Jacques et Jean, pour une raison que les Ecritures ne dévoilent pas. Puis c’est Jean qui se couche sur le sein du Maître, on ne sait pourquoi. Pourtant, il eut beau prendre toute la peine du monde pour éveiller leurs esprits, ils se montraient obtus le meilleur du temps. Leur foi en lui resta branlante jusqu’au jour de ce que les évangiles appellent sa résurrection. Comment a-t-il pu supporter une telle classe de sous-doués pendant trois ans, se retrouvant toujours seul face à eux? Mais soudain, trois jours après sa mort, voilà que leurs cœurs devinrent lucides: nous en connaissons qui subirent le martyre, et d’autres la torture. De cet Homme naquit alors le mouvement des interpellés pour la foi, qui portèrent un témoignage volontaire. Au fil des générations, d’un bout du monde à l’autre, ils allaient au devant des bourreaux, calmes et radieux, espérant la résurrection. Leur secret était d’avoir compris que l’amour est du verbiage, sauf s’il est prêt à s’immoler.

Cela dit, Jésus prit totalement charge de l’être humain, sans aucun souci des autorités, même si l’affront allait parfois jusqu’ au conflit. Or, ayant idée de l’hégémonie exercée à l’époque par le parti religieux en Palestine à l’époque- à savoir, les pharisiens-, on s’attendrait à plus de souplesse à leur égard, voire à une certaine complaisance, soit-elle bien intentionnée. Quant à leur dire: «Malheur à vous, guides aveugles… Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, vous qui ressemblez à des sépulcres blanchis: au-dehors, ils ont belle apparence, mais au-dedans ils sont pleins d’impuretés de toutes sortes… serpents, engeance de vipères» (Mt.23), d’où lui venait-il ce cœur? Une telle hardiesse, de l’audace aux yeux du monde, allait de pair chez lui avec une douceur et une humilité desquelles il espérait qu’on suive l’exemple. En effet, telle est la perfection: d’être aussi fort qu’aimable. Sans chercher à dominer, sans, par orgueil, jeter sur les autres un regard dédaigneux, on ne montre pas de partialité, ni l’on cherche à gagner la faveur du puissant. C’est de compatir infiniment, de contempler la lumière divine sur le visage des pécheresses repentantes et des collecteurs d’impôts convertis. C’est de s’attendre à être compris, au bon moment, par des pêcheurs, de prendre nourriture chaque fois qu’il s’en présente, et de jeuner pour vaincre l’esprit de méchanceté, de gourmandise, et d’orgueil. C’est d’habiter là où l’on trouve un logement, et de rester libre de toutes ces choses-là, avec, pour compagnons, douze illettrés, tous originaires des quelques petits villages répandus aux alentours du lac de Tibériade.

Chaque fois que je me rendais en Palestine encore libre, il m’arrivait de remettre à plus tard de visiter la Galilée. En 1966, je visitai les Lieux Saints pour la dernière fois. Après la guerre de Juin, je compris que je ne devais pas m’attendre à revoir la Galilée avant longtemps. Mais plus tard, l’idée me vint qu’il était possible de rejoindre le dernier village de la Jordanie, presque au nord de la Galilée. Là s’offrait à moi une vue plutôt nette du lac de Tibériade; je réalisai que les plus belles paroles jamais adressées aux hommes furent prononcées en cet endroit. Qui aurait dit qu’à partir de là, un prédicateur religieux ambulant allait conquérir le monde? Quel était donc le secret de cet homme? En vertu de quelle autorité donna-t-il son Sermon sur la montagne, qu’il commença par «Heureux les pauvres en esprit»…? Grâce à ce sermon, la Loi, constituée d’une série d’injonctions, se vit métamorphosée en la présence de Dieu dans un cœur pur, un cœur qui devient le monde. Quel esprit qui le remplissait lorsqu’il dit: «Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes»[1]. Pourtant, il n’est dit nulle part dans le Testament Ancien que Dieu se montre également favorable aux justes et aux pécheurs, ni qu’il veille sur eux d’un même œil. Par ailleurs, qu’est-ce qui lui inspire ces paroles: «Ne vous amassez pas de trésors sur la terre…Ne vous inquiétez pas pour vote vie de ce que vous mangerez et vous boirez… Ne vous inquiétez pas pour le lendemain».

Certes, quant à la théorie, il est possible de rencontrer tout ces instructions çà et là, mais personne n’eut le courage de les mettre en pratique. Toute parole aurait pu ressembler à la sienne, sauf celle-ci: «Qui de vous me convaincra de péché?» Au long de l’histoire, tous les hommes se reconnurent quelque faiblesse, quelque défaut, et maints péchés. Le Nazaréen, lui, se reconnut comme juste, non dans une certaine mesure, ni à un certain moment, mais absolument, impeccablement. De plus, il savait que l’aspiration à un tel état était, pour les hommes, une condition sine qua non. Il me semble trouver là l’explication de sa parole: «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés», c’est-à-dire jusqu’à mourir. En effet, celui qui n’est prêt à mourir ni pour son ami, ni pour son ennemi, n’est pas plus qu’un flatteur au sein de la société. Mais il n’a pas en lui cet amour duquel il fut dit, dix ans après la mort du Nazaréen: «quand j’aurais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés, quand je livrerais mon cœur aux flammes, s’il me manque l’amour, je n’y gagne rien. L’amour prend patience, l’amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne retient pas de rancune» (1Cor13).

«Jésus a fait encore bien d’autres choses: si on les écrivait une à une, le monde entier ne pourrait, je pense, contenir les livres qu’on écrirait» (Jean21: 25). Je pense que le monde entier ne saurait contenir le Christ. Si tu sais cela, tu peux célébrer cette fête.


[1] Mt5, 44-45 et Lc 6,27.

Traduit par Monastère de Kaftoun

Texte Original: « يسوع الناصري » – 27.12.2004

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2003, An-Nahar, Articles

Le Sentiment National ou Culturel dans l’Eglise / le 12.07.03

La discorde nationale est apparue dans l’Eglise depuis l’époque apostolique, un verset du livre des actes des apôtres relate ce qui suit: «En ces jours-là, le nombre des disciples augmentait et les Hellénistes se mirent à récriminer contre les Hébreux parce que leurs veuves étaient oubliées dans le service quotidien» (Ac.6, 1). La fusion des croyants en une seule foi et une offrande unique n’a pas donné de fruit sur le plan social. Et les nationalités se sont juxtaposées et elles ont porté atteinte au corps de l’Eglise.

De nombreux historiens ont dit que la controverse qui a éclaté en l’an 451 au concile de Chalcédoine entre les défenseurs de la nature unique et ceux qui défendaient les deux natures du Christ; cette controverse cachait donc une division entre les hellénistes et les peuples de la Syrie, de l’Egypte et de l’Arménie.

Et il n’y a aucun doute que la différence entre les civilisations grecque et latine a pesé dans le grand schisme de l’an 1054 entre Rome et Constantinople. Il n’y a pas d’embarras à dire aussi que le nationalisme est la seule maladie qui affecte aujourd’hui les relations entre Constantinople et Moscou et celles entre la hiérarchie ecclésiastique grecque à Jérusalem et son peuple arabe.

Néanmoins l’Eglise Orthodoxe a condamné «excommunié» dans un concile réuni en 1871 à Constantinople: «ceux qui s’attachent à la race, pratiquent une ségrégation entre les ethnies et attisent ou provoquent des discordes et des révoltes fondées sur le nationalisme».

Le racisme est donc clairement rejeté et ce que l’on appelle aujourd’hui Eglise de Moscou ou celle de Bulgarie ou de Serbie ne doit pas avoir une connotation nationale. Cela indique seulement des espaces géographiques de sorte que si tu habites à Moscou par exemple, quelle que soit ta nationalité, tu t’attaches à cette église comme n’importe quel russe.

C’est pourquoi, dire que les églises orthodoxes sont des églises nationales n’a pas de sens, puisqu’une telle définition a été exclue par la décision du concile de 1871 que nous avons susmentionnée.

Sur ce même principe nous disons que si l’Eglise de nos contrées est appelée Antiochienne, ceci ne veut pas signifier une quelconque nationalité, car résident parmi nous, dans tous les diocèses, des orthodoxes de diverses nationalités qui vivent pleinement leur foi et leur engagement de croyant dans telle ou telle paroisse.

Le chrétien vit dans une patrie qu’il aime et à laquelle il s’attache mais ceci est seulement en raison de notre vie terrestre et de l’histoire qui lui correspond. Sa foi, d’autant plus, est pour lui un motif pour servir la patrie mais celle-ci peut être pluriconfessionnelle. Et même si elle ne l’est pas, l’Eglise garde une existence indépendante de toute patrie et de tout attachement sentimental à telle ou telle d’entre elles.

Je ne suis pas libanais parce que je suis chrétien ou à partir de ma foi dans l’Evangile. Je suis chrétien parce que je crois en Christ, que je suis baptisé et que je suis Un en Christ avec tous ceux qui croient en Lui; malgré le fait que je pourrai avoir des différents ou même des désaccords avec des orthodoxes d’autres nationalités.

Reste l’héritage culturel que nous avons recueilli de par l’histoire elle-même. Celui-là prie en syriaque et l’autre en arabe mais cela ne signifie pas qu’il y ait une certaine «essence» syriaque ou arabe. Cela ne veut pas dire non plus que le syriaque ou l’arabité rentre dans la définition de ce qu’est ma chrétienté. Les langues sont des instruments culturels et la culture n’est pas une partie existentielle de l’Eglise.

Je ne proteste pas contre un regroupement identitaire fondé sur la base d’une langue commune à plusieurs confessions en dehors d’une quelconque cohésion dogmatique, si ce qui est recherché est de redonner vie à une grande tradition et de permettre à ceux qui l’ignorent d’en prendre connaissance. Si la fierté est acceptable, la prétention ne l’est pas. Il faut pour autant dire que l’Evangile dans son essence est indépendant de la terre et de ses époques. Par conséquent, Il est indépendant de l’habit historique dont la Parole s’est couverte.

L’élément qui tranche entre ce qui est à l’Eglise et ce qui ne l’est pas est le même qui existe entre celui qui crée et celui qui est créé. Nous appartenons uniquement au Christ et aux Saints qui se sont attachés à Lui, tandis que le vêtement que le Seigneur a accepté de revêtir en tant que pasteur incarné historiquement dans la vie des hommes n’est rien en soi.

Les cultures grecque, araméenne, arabe et latine font partie du «créé». Ainsi les cultes rendus dans telle ou telle église peuvent être liés à ces philosophies, ou bien, ces philosophies ont été une source d’inspiration ou un cadre pour le culte rendu. Tu peux t’apercevoir, par exemple, que la beauté de la liturgie byzantine n’est pas sans lien avec la sagesse grecque mais nous ne sommes pas grecs ; car tout ce que nous sommes vient seulement de l’Evangile et des méditations des saints sur l’Evangile.

Nous n’étudions pas les héritages humains pour les adopter mais pour aimer Jésus Christ.

Seul celui qui ne se satisfait pas de Jésus, cloué nu sur le bois de la croix, cherche à trouver sa fierté dans les créatures. C’est ainsi qu’il invente des théories de grandeur qui ne dépendent que de ce monde. Par exemple se demander, au sujet des orthodoxes, ce qui peut rendre fier un peuple qui s’étend d’ici jusqu’à Saint Petersburg et aux extrémités de la terre, ceci n’est pour nous qu’une question sur «l’apparat de cette vie éphémère».

Alors que les Saints de chez nous, de Grèce et de Roumanie ainsi que tous les autres n’avaient eux, aucune autre appartenance au plus profond de leur âme que celle due au Baptistère et à ce que le Saint Calice suscitait en eux de pensées.

Nous ne nous intéressons pas aux nations que l’acte des apôtres a mentionnées comme ayant écouté l’annonce de la Bonne Nouvelle par Saint Pierre après la descente de l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte (certaines parmi elles ne sont plus chrétiennes); mais ce que le Livre a voulu suggérer, c’est que ces nations ont été unies pas l’Esprit Saint dans une seule compréhension de la mission. Celui qui, parmi les descendants de celles-ci, tire de la fierté du fait que ses ancêtres y étaient présents ne dit que des choses sans intérêt «Grâces soient rendues à Dieu et non à nous-mêmes».

L’Eglise est gardienne de l’inspiration et non de la rhétorique des arabes ou de la sagesse des grecs. Mais nous pouvons découvrir des splendeurs de Dieu dans les traditions des peuples pour nous consoler et nous permettre d’établir des ponts entre l’Evangile et ses peuples. C’est ainsi que nombre de nos pères ont vu la trace du Christ avant son Incarnation dans la philosophie grecque.

Mais le Christianisme n’est pas fondé sur une quelconque philosophie. Il ne se confond pas non plus avec ce qui lui est extérieur, c’est à dire que les dogmes n’ont pas été «montés» en conciliant L’Evangile et la philosophie. C’est de la même manière que l’Eglise n’a pas été conçue comme un mélange historique entre ses sacrements et une quelconque nation.

Je suis ainsi libanais et oriental de par mon corps – mon état terrestre. Et ceci me plaît et mes goûts s’y identifient, mais mon identité ecclésiale n’a rien à voir avec le corps de ce monde, ni sa mémoire ni son agitation. Et quand tu seras enseveli sous terre, la patrie en toi sera ensevelie aussi, mais l’Esprit Saint sauvegardera tes os pour les faire renaître le jour du jugement et pour que Dieu t’interroge sur ce que tu as fait de ton Baptême.

Nous avons dans mon Eglise, le premier dimanche du grand carême un texte important [NDLR: le Synodikon] qui contient des bénédictions mais aussi des anathèmes qui font sortir nommément les hérétiques de l’Eglise. Parmi les choses auxquelles nous renonçons figurent certains «enseignements grecs» pour signifier des parties de la philosophie. Tout cela pour que nous nous souvenions que Dieu ne rend éternel que ce qui est éternel. Ceci s’applique à ce que nous refusons de la civilisation moderne et tout ce qui s’écarte de l’inspiration divine ou s’oppose à elle.

Tu peux bien sûr user d’anciennes formules ou te dispenser de le faire selon tes besoins éducatifs. Le moule n’est pas important. Ce qui l’est, c’est que tu restes fidèle et que tu couses de nouveaux habits à la Vérité Eternelle qui t’a été confiée. Ceci peut expliquer certaines modifications dans les rites ou bien dans l’organisation des offices.

Le corps du Christ n’a aucun vêtement. Les impies dans les temps anciens ont déjà déchiré ses vêtements, et toi tu peux les lui changer par amour, mais le corps divin nu reste adoré et commande l’univers et l’histoire. Et la Parole Divine, qui est le Christ, institue les paroles qu’il veut pour atteindre les intelligences d’aujourd’hui et ainsi empêche chez nous les accumulations de ce qui doit disparaître. Ceci intervient dans chaque véritable courant de renaissance.

Si ce que je viens de dire est la révélation reçue par les églises alors, que ni l’histoire, ni la fierté historique ne la divise [l’Eglise], ni même une langue non plus d’ailleurs. Nous sommes un dans cet orient, que nous soyons syriaques, byzantins ou arméniens parce que l’Evangile est Un. Les traditions qui se sont formées pour la sauvegarde de l’Evangile et sa transmission sont échangeables entre nous et chaque groupe s’enrichit ainsi de l’autre.

Tout cela peut être organisé si le but recherché est que nous soyons une seule Eglise. Nous ne devons pas nous mettre d’accord sur tout ce qui est éphémère. Chacun d’entre nous garde ses racines historiques et culturelles, et nous nous consultons dans un mouvement perpétuel de rencontre pour que nos expressions et nos concrétisations soient convenables au regard du siècle moderne ; mais surtout convenable à la proclamation de la Bonne Nouvelle par le seul Evangile. Car, ce que Dieu veut pour nous, c’est que nous soyons fidèles à la Parole telle qu’Elle s’est manifestée à travers les grâces de l’Esprit.

A partir de là, la mémoire historique d’un peuple ne peut l’exclure des autres. Celle-ci est investie au service de la rencontre entre les peuples et de la diffusion de l’Evangile vivant auprès de tous.

Et, grâce à cette liberté que nous aurons acquise du Christ, nous augmenterons nos capacités à rencontrer ceux qui ne sont pas de l’Evangile. Ceux là verront, le moment venu, que notre langage est le leur, que nos habits sont les leurs et que nos souffrances sont les leurs. Nous serons ainsi du même pays et de la même région. Nous nous associons à tout leur rayonnement humain, et nous serons, eux et nous, comme une lumière qui jaillit d’une seule terre et d’une seule mémoire.

L’union des chrétiens à l’unique Esprit Divin est indispensable à l’accomplissement de l’unité de civilisation entre nous et ce grand orient.

Traduit par Père Marcel et Claudine Sarkis

Texte Originale: – « القومية أو الثقافة في الكنيسة » AN-Nahar – 12.07.03

Bulletin «Le Bon Pasteur» n°7 – juin – septembre 2007

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