2003, An-Nahar, Articles

Le Sentiment National ou Culturel dans l’Eglise / le 12.07.03

La discorde nationale est apparue dans l’Eglise depuis l’époque apostolique, un verset du livre des actes des apôtres relate ce qui suit: «En ces jours-là, le nombre des disciples augmentait et les Hellénistes se mirent à récriminer contre les Hébreux parce que leurs veuves étaient oubliées dans le service quotidien» (Ac.6, 1). La fusion des croyants en une seule foi et une offrande unique n’a pas donné de fruit sur le plan social. Et les nationalités se sont juxtaposées et elles ont porté atteinte au corps de l’Eglise.

De nombreux historiens ont dit que la controverse qui a éclaté en l’an 451 au concile de Chalcédoine entre les défenseurs de la nature unique et ceux qui défendaient les deux natures du Christ; cette controverse cachait donc une division entre les hellénistes et les peuples de la Syrie, de l’Egypte et de l’Arménie.

Et il n’y a aucun doute que la différence entre les civilisations grecque et latine a pesé dans le grand schisme de l’an 1054 entre Rome et Constantinople. Il n’y a pas d’embarras à dire aussi que le nationalisme est la seule maladie qui affecte aujourd’hui les relations entre Constantinople et Moscou et celles entre la hiérarchie ecclésiastique grecque à Jérusalem et son peuple arabe.

Néanmoins l’Eglise Orthodoxe a condamné «excommunié» dans un concile réuni en 1871 à Constantinople: «ceux qui s’attachent à la race, pratiquent une ségrégation entre les ethnies et attisent ou provoquent des discordes et des révoltes fondées sur le nationalisme».

Le racisme est donc clairement rejeté et ce que l’on appelle aujourd’hui Eglise de Moscou ou celle de Bulgarie ou de Serbie ne doit pas avoir une connotation nationale. Cela indique seulement des espaces géographiques de sorte que si tu habites à Moscou par exemple, quelle que soit ta nationalité, tu t’attaches à cette église comme n’importe quel russe.

C’est pourquoi, dire que les églises orthodoxes sont des églises nationales n’a pas de sens, puisqu’une telle définition a été exclue par la décision du concile de 1871 que nous avons susmentionnée.

Sur ce même principe nous disons que si l’Eglise de nos contrées est appelée Antiochienne, ceci ne veut pas signifier une quelconque nationalité, car résident parmi nous, dans tous les diocèses, des orthodoxes de diverses nationalités qui vivent pleinement leur foi et leur engagement de croyant dans telle ou telle paroisse.

Le chrétien vit dans une patrie qu’il aime et à laquelle il s’attache mais ceci est seulement en raison de notre vie terrestre et de l’histoire qui lui correspond. Sa foi, d’autant plus, est pour lui un motif pour servir la patrie mais celle-ci peut être pluriconfessionnelle. Et même si elle ne l’est pas, l’Eglise garde une existence indépendante de toute patrie et de tout attachement sentimental à telle ou telle d’entre elles.

Je ne suis pas libanais parce que je suis chrétien ou à partir de ma foi dans l’Evangile. Je suis chrétien parce que je crois en Christ, que je suis baptisé et que je suis Un en Christ avec tous ceux qui croient en Lui; malgré le fait que je pourrai avoir des différents ou même des désaccords avec des orthodoxes d’autres nationalités.

Reste l’héritage culturel que nous avons recueilli de par l’histoire elle-même. Celui-là prie en syriaque et l’autre en arabe mais cela ne signifie pas qu’il y ait une certaine «essence» syriaque ou arabe. Cela ne veut pas dire non plus que le syriaque ou l’arabité rentre dans la définition de ce qu’est ma chrétienté. Les langues sont des instruments culturels et la culture n’est pas une partie existentielle de l’Eglise.

Je ne proteste pas contre un regroupement identitaire fondé sur la base d’une langue commune à plusieurs confessions en dehors d’une quelconque cohésion dogmatique, si ce qui est recherché est de redonner vie à une grande tradition et de permettre à ceux qui l’ignorent d’en prendre connaissance. Si la fierté est acceptable, la prétention ne l’est pas. Il faut pour autant dire que l’Evangile dans son essence est indépendant de la terre et de ses époques. Par conséquent, Il est indépendant de l’habit historique dont la Parole s’est couverte.

L’élément qui tranche entre ce qui est à l’Eglise et ce qui ne l’est pas est le même qui existe entre celui qui crée et celui qui est créé. Nous appartenons uniquement au Christ et aux Saints qui se sont attachés à Lui, tandis que le vêtement que le Seigneur a accepté de revêtir en tant que pasteur incarné historiquement dans la vie des hommes n’est rien en soi.

Les cultures grecque, araméenne, arabe et latine font partie du «créé». Ainsi les cultes rendus dans telle ou telle église peuvent être liés à ces philosophies, ou bien, ces philosophies ont été une source d’inspiration ou un cadre pour le culte rendu. Tu peux t’apercevoir, par exemple, que la beauté de la liturgie byzantine n’est pas sans lien avec la sagesse grecque mais nous ne sommes pas grecs ; car tout ce que nous sommes vient seulement de l’Evangile et des méditations des saints sur l’Evangile.

Nous n’étudions pas les héritages humains pour les adopter mais pour aimer Jésus Christ.

Seul celui qui ne se satisfait pas de Jésus, cloué nu sur le bois de la croix, cherche à trouver sa fierté dans les créatures. C’est ainsi qu’il invente des théories de grandeur qui ne dépendent que de ce monde. Par exemple se demander, au sujet des orthodoxes, ce qui peut rendre fier un peuple qui s’étend d’ici jusqu’à Saint Petersburg et aux extrémités de la terre, ceci n’est pour nous qu’une question sur «l’apparat de cette vie éphémère».

Alors que les Saints de chez nous, de Grèce et de Roumanie ainsi que tous les autres n’avaient eux, aucune autre appartenance au plus profond de leur âme que celle due au Baptistère et à ce que le Saint Calice suscitait en eux de pensées.

Nous ne nous intéressons pas aux nations que l’acte des apôtres a mentionnées comme ayant écouté l’annonce de la Bonne Nouvelle par Saint Pierre après la descente de l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte (certaines parmi elles ne sont plus chrétiennes); mais ce que le Livre a voulu suggérer, c’est que ces nations ont été unies pas l’Esprit Saint dans une seule compréhension de la mission. Celui qui, parmi les descendants de celles-ci, tire de la fierté du fait que ses ancêtres y étaient présents ne dit que des choses sans intérêt «Grâces soient rendues à Dieu et non à nous-mêmes».

L’Eglise est gardienne de l’inspiration et non de la rhétorique des arabes ou de la sagesse des grecs. Mais nous pouvons découvrir des splendeurs de Dieu dans les traditions des peuples pour nous consoler et nous permettre d’établir des ponts entre l’Evangile et ses peuples. C’est ainsi que nombre de nos pères ont vu la trace du Christ avant son Incarnation dans la philosophie grecque.

Mais le Christianisme n’est pas fondé sur une quelconque philosophie. Il ne se confond pas non plus avec ce qui lui est extérieur, c’est à dire que les dogmes n’ont pas été «montés» en conciliant L’Evangile et la philosophie. C’est de la même manière que l’Eglise n’a pas été conçue comme un mélange historique entre ses sacrements et une quelconque nation.

Je suis ainsi libanais et oriental de par mon corps – mon état terrestre. Et ceci me plaît et mes goûts s’y identifient, mais mon identité ecclésiale n’a rien à voir avec le corps de ce monde, ni sa mémoire ni son agitation. Et quand tu seras enseveli sous terre, la patrie en toi sera ensevelie aussi, mais l’Esprit Saint sauvegardera tes os pour les faire renaître le jour du jugement et pour que Dieu t’interroge sur ce que tu as fait de ton Baptême.

Nous avons dans mon Eglise, le premier dimanche du grand carême un texte important [NDLR: le Synodikon] qui contient des bénédictions mais aussi des anathèmes qui font sortir nommément les hérétiques de l’Eglise. Parmi les choses auxquelles nous renonçons figurent certains «enseignements grecs» pour signifier des parties de la philosophie. Tout cela pour que nous nous souvenions que Dieu ne rend éternel que ce qui est éternel. Ceci s’applique à ce que nous refusons de la civilisation moderne et tout ce qui s’écarte de l’inspiration divine ou s’oppose à elle.

Tu peux bien sûr user d’anciennes formules ou te dispenser de le faire selon tes besoins éducatifs. Le moule n’est pas important. Ce qui l’est, c’est que tu restes fidèle et que tu couses de nouveaux habits à la Vérité Eternelle qui t’a été confiée. Ceci peut expliquer certaines modifications dans les rites ou bien dans l’organisation des offices.

Le corps du Christ n’a aucun vêtement. Les impies dans les temps anciens ont déjà déchiré ses vêtements, et toi tu peux les lui changer par amour, mais le corps divin nu reste adoré et commande l’univers et l’histoire. Et la Parole Divine, qui est le Christ, institue les paroles qu’il veut pour atteindre les intelligences d’aujourd’hui et ainsi empêche chez nous les accumulations de ce qui doit disparaître. Ceci intervient dans chaque véritable courant de renaissance.

Si ce que je viens de dire est la révélation reçue par les églises alors, que ni l’histoire, ni la fierté historique ne la divise [l’Eglise], ni même une langue non plus d’ailleurs. Nous sommes un dans cet orient, que nous soyons syriaques, byzantins ou arméniens parce que l’Evangile est Un. Les traditions qui se sont formées pour la sauvegarde de l’Evangile et sa transmission sont échangeables entre nous et chaque groupe s’enrichit ainsi de l’autre.

Tout cela peut être organisé si le but recherché est que nous soyons une seule Eglise. Nous ne devons pas nous mettre d’accord sur tout ce qui est éphémère. Chacun d’entre nous garde ses racines historiques et culturelles, et nous nous consultons dans un mouvement perpétuel de rencontre pour que nos expressions et nos concrétisations soient convenables au regard du siècle moderne ; mais surtout convenable à la proclamation de la Bonne Nouvelle par le seul Evangile. Car, ce que Dieu veut pour nous, c’est que nous soyons fidèles à la Parole telle qu’Elle s’est manifestée à travers les grâces de l’Esprit.

A partir de là, la mémoire historique d’un peuple ne peut l’exclure des autres. Celle-ci est investie au service de la rencontre entre les peuples et de la diffusion de l’Evangile vivant auprès de tous.

Et, grâce à cette liberté que nous aurons acquise du Christ, nous augmenterons nos capacités à rencontrer ceux qui ne sont pas de l’Evangile. Ceux là verront, le moment venu, que notre langage est le leur, que nos habits sont les leurs et que nos souffrances sont les leurs. Nous serons ainsi du même pays et de la même région. Nous nous associons à tout leur rayonnement humain, et nous serons, eux et nous, comme une lumière qui jaillit d’une seule terre et d’une seule mémoire.

L’union des chrétiens à l’unique Esprit Divin est indispensable à l’accomplissement de l’unité de civilisation entre nous et ce grand orient.

Traduit par Père Marcel et Claudine Sarkis

Texte Originale: – « القومية أو الثقافة في الكنيسة » AN-Nahar – 12.07.03

Bulletin «Le Bon Pasteur» n°7 – juin – septembre 2007

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2000, Articles, Raiati

« Ressuscite O Dieu » / le 30 avril 2000 / N*18

Nous avons chanté cet hymne hier au cours de la liturgie du samedi pour dire à Jésus: Toi tu ressuscites pour que nous revivions en Toi. Nous vivons dans la détresse et notre pays s’apauvrit. Toi, tu es vainqueur, y a-t-il d’autre victoire que la victoire sur la mort? Donne-nous de vaincre la force de la mort qui nous attaque c’est à dire la dépression, la tristesse, le désespoir et la peur, peur de la maladie, de la pauvreté et de la vieillesse afin que la fête ne dure pas un jour seulement mais qu’elle s’imprime en nous pour que nous dépassions la peur, que nous espérions en Toi quand nous avons péché, que nous ayons confiance, non en notre pouvoirmais en Ta puissance.

L’échec dans le travail, dans les relations sentimentales, dans la vie quotidienne, l’anéantissement de beaucoup d’espoirs que nous avons placés en ceux que nous avons crus grands, tous ces échecs nous conduisent au désespoir, à dire que peu de gens sont dignes de confiance, ou dire que femme et enfants sont plus faibles que nous ne l’avions pensé. Nous avons pu dire que notre pays va à sa destruction et que personne ne connaît son destin. Et si nous sommes réalistes nous avons pu dire qu’il n’y a pas de grande consolation en une partie de ceux qui prient. Ils ne s’amarrent pas au Christ. Et pour certains, parmi ceux qui sont proéminents dans l’Eglise,  le Christ n’est plus l’unique souci. La fête ne peut nous empêcher de voir les péchés, nous célébrons la fête au milieu des péchés qui nous affectent. On fête dans le monde sinon la fête n’est que fuite.  Nous célébrons la Résurrection dans l’Eglise pour porter la Résurrection au monde. L’Eglise coule dans le monde comme un fleuve, sinon elle n’est que musée et chants.

La fête n’est pas là pour oublier la misère mais pour la dépasser. Comme la mort n’a pas « dévoré » le Christ ainsi nos malheurs ne nous anéantissent pas. En Jésus, tu peux porter la croix avec joie. De l’intérieur de ta souffrance tu es vainqueur car si tu aimes le Seigneur il entrera au plus profond de ton coeur. On ne peut pas ne pas ressentir les vraies souffrances, mais on peut ne pas s’effondrer sous leur violence. Et si tu t’effondres reste conscient pour pouvoir te relever.

Dans ce sens la résurrection est un état. Elle était un événement une seule fois pour devenir un état, quelque chose qui continue en toi et qui fait de toi un être nouveau. N’aie pas peur car c’est Lui qui a dit: « ayez confiance car j’ai vaincu le monde ». Le monde est un monde où dominent le désir, la convoitise et la haine. Tu peux y succomber. Fais attention!  Tu peux vaincre par la grâce du Christ.

Et si tu es vainqueur une fois, tu seras plus fort devant une autre tentation. Efforce-toi de te vaincre toi-même, car tout est en toi. C’est l’arène du combat contre le mal. Et c’est le plus dur des combats mais on y trouve des consolations incomparables à toute consolation qui vient de l’extérieur. Porte la Résurrection dans ton coeur et tu ressentiras une une joie profonde.

Et ta joie viendra de ceux qui comme toi sont consolés par Jésus; vous formerez ensemble l’Eglise de la Résurrection c’est à dire la communauté de ceux qui vivent dans l’espérance, parcequ’il savent que le Christ vient à eux dans sa beauté pour effacer en eux toute laideur. Si tu dis aujourd’hui: « Christ est ressuscité! », comprends que tu ne chantes pas seulement un hymne mais que tu espères que ton tout ton être ressusciteras avec Lui et en Lui. Que tu ne sois pas vaincu par les difficultés signifie que tu es décidé à devenir un être de résurrection.

traduit de l’arabe.قم يا الله

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2000, Articles, Raiati

Anastasios / le 26 Mars 2000 / N*13

Notre diocèse a été béni le mardi 14 mars par la visite de l’archevêque d’Albanie Kyrios Anastasios (Yannoulatos). C’était dans le cadre de la visite de Sa Béatitude au siège d’Antioche. Sa Béatitude Kyrios Anastasios nous a réservé ce jour selon son coeur et selon sa vocation première.

Il vient de la fraternité de la « Vie » qui portait le souffle du renouveau spirituel en Grèce depuis le début du siècle dernier. Faire revivre les gens par la Parole vivifiante puisée dans l’Evangile prêché par toutes les formes de communication. Les jeunes membres de cette fraternité étaient en contact avec des jeunes du Liban, et c’est ainsi que nous l’avons connu. Sa vision de l’Eglise de demain dans son ouverture et sa résurrection était notre vision. Cette vision fait de lui un grand apôtre et un grand évêque. Il n’y a pas de doute que le fait d’enseigner à l’université l’a aidé à clarifier sa pensée et l’a affirmé, surtout qu’il était professeur des religions y compris l’Islam. Mais c’est l’Esprit qui est en lui qui a conduit l’Eglise d’Albanie pendant les neuf dernières années.

Il a relevé l’Eglise d’Albanie du désert complet (pas de constructions, pas une seule église) à une existence visible, agissante. Il s’est appuyé sur la foi gardée dans les coeurs pendant la persécution incomparable quant aux ravages qu’elle a faits, persécution qui a effacé toute trace visible du christianisme comme aucun autre régime similaire ne l’avait fait. Il a relevé le défi sans aucune piastre en main et il a montré au monde entier que ceux qui ont la connaissance peuvent, par la force de l’Esprit et par quelque intelligence, reconstruire l’Eglise.

Tous ceux qui l’on reçu et entendu ont senti que la grâce était sur lui et que c’est elle qui fait de lui un grand archevêque. Il est arrivé chez nous au monastère de la Théotokos à Kaftoun. Ce que nous avons remarqué chez lui de plus important – et ce dans tous les lieux qu’il a visités – est qu’il entrait chaque fois dans le sanctuaire, s’agenouillait devant la Sainte Table et la touchait de sa tête, comme s’il se constituait par elle. Nous lui avons offert l’icône de saint Joseph de Damas pour lui dire que notre unité est l’unité du martyr et que nous sommes morts ici afin que vivent les générations par Celui qui est mort par amour. Et il nous a expliqué comment on a tenté de détruire le Christ dans son pays, mais Il est ressuscité de sous les décombres de l’histoire pour que l’Eglise d’Albanie renouvelle sa jeunesse tel un aigle.

Nous avons déjeûné au monastère de la Théotokos dit Nourié. Dans les deux monastères il a pu se rendre compte de l’expérience monastique chez nous car nous avions réuni autour de lui les higoumènes de tous les monastères avec quelques moines et moniales. L’après-midi nous avons visité quelques villages « déplacés » de la montagne, et là il a vu que les souffrances que nous avons endurées sont semblables à ce que les fidèles ont enduré chez lui. Dans les deux Bhamdoun à Mansourieh et à Aley il a été accueilli en grand honneur. Il a prié puis nous avons chanté et il a prononcé des allocutions. Pas une fois il n’a dit: « j’ai construit ou j’ai fondé » ou quelque chose de semblable. Il attribuait tout à la grâce divine.

Pendant que je l’accompagnais, j’ai pu me rendre compte de sa sagesse dans la pstorale et face aux difficultés. Nous vous avions informé dans « Raiati » de sa sollicitude pour les albanais musulmans déplacés du Kosovo. Une église pauvre comme la sienne, qui n’a pas les moyens de donner, a pu réunir de l’argent du monde entier pour servir des réfugiés différents par la religion. Malgré sa pauvreté le Christ a voulu qu’elle participe. La fin du périple nous a conduits à l’église de Mansourieh du Matn. Les grandes complies étaient finies et l’archevêque était très fatigué. Il est entré comme un roi dans la foule des fidèles venus des villages avoisinants pour l’accueillir. J’ai senti cici que l’enthousiasme était à son comble et la recueillement visible. La chorale du diocèse chantait « Christ est ressuscité », nous avons tous vhanté, et il a chanté le tropaire de la Résurrection en albanais avec ceux qui l’accompagnaient.

Après dîner nous avons continué le chant pascal, et ainsi sans l’avoir décidé, nous sommes passés à la Résurrection pour nous dire à nous-mêmes et aux autres que les fidèles s’accordent les uns avec les autres dans l’amour de Celui qui est ressuscité des morts, et qu’ils tendent tous vers la Pâque éternelle, résurrection de toute l’Eglise.

Ce numéro de Raiati est consacré à la visite de l’Archevêque Anastasios de Tirana et de toute l’Albanie. Il comprend outre cet éditorial, un article sur l’Eglise d’Albanie, une notice sur la vie de Sa Béatitude Anastasios ainsi que l’information concernant sa visite au diocèse du Mont Liban le 14 mars 2000.

traduit de l’arabe.أنستاسيوس

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2000, Articles, Raiati

LA DIFFERENCE ENTRE UN CONSEIL ET UN ORDRE / le 30 janvier 2000 / N*5

Je ne parle pas ici de la relation entre l’higoumène d’un monastère et le moine qui y réside en ce qu’il s’agit de l’obéissance. Beaucoup de choses ont été écrites sur cette relation fondée sur la douceur et l’humilité du père spirituel et sur le fait qu’il enfante les autres dans le Christ. L’obéissance est basée sur les vertus du père spirituel car le monastère n’est pas une caserne. Et quand l’apôtre Paul nous décrit comme des soldats du Christ, il ne parle que du sérieux de notre engagement envers Lui et en cela, il ne compare pas l’Eglise à une armée.

Le Christ seul nous commande car Il est le Seigneur et Il a la parole du salut et mérite d’être obéi car Lui-même a obéi au Père et s’est donné jusqu’à la mort, la mort sur la Croix. Nous obéissons à ceux parmi les humains qui se sont dépouillés du «moi», ont atteint une grande maturité spirituelle et reçu l’illumination, ils orientent sans passion ni intérêt quelconque ni par désir de domination. Denis l’Aréopagite, un écrivain de nos contrées apparu au début du VIème siècle, dit que: l’on fait prêtre celui qui a reçu l’illumination. Cela veut dire que tu ne lui obéis pas parce qu’il a été ordonné prêtre, mais qu’il a été ordonné prêtre parce qu’il a reçu l’illumination et qu’on l’a remarqué. Le sacerdoce en lui-même ne donne ni maturité spirituelle ni paternité spirituelle. Ce n’est pas le fait d’élever un homme a une dignité qui fait qu’il devient libre de toute passion et par conséquent apte à orienter. Seul l’Esprit Saint qualifie pour une véritable orientation.

L’Eglise ayant bien compris tout cela, n’accorde pas au prêtre le droit de confesser du fait de son ordination, mais elle attend que l’Esprit descende sur lui et qu’Il lui donne la maturité pour lui conférer le droit d’orienter les gens. C’est dans le domaine de l’espérance que nous souhaitons pour lui de recevoir le don de la paternité spirituelle. En vérité, nous lui conférons seulement le droit d’absoudre les péchés mais il ne deviendra pas un directeur de conscience automatiquement, ceci est étroitement lié à sa proximité avec le Christ.

Il faudra tout aussi bien qu’il étudie la Sainte Ecriture, qu’il pratique la prière profonde et fervente et qu’il se purifie de ses péchés. S’il ne suit pas une telle démarche avec beaucoup d’intérêt, il ne prononcera pas les paroles qui lui viennent de l’Esprit. Celui qui se sait faible, qu’il absolve les gens de leurs péchés sans rien dire, le sacrement de pénitence est ainsi accompli. La véritable direction spirituelle est enseignée par l’Esprit Saint et tu ne la trouves pas dans les livres.

Mais si l’Esprit t’inspire d’oser quelque chose, ose alors un conseil et non un ordre. En cela Nicon, l’higoumène d’un des monastères russes, décédé en 1963, a écrit, dans une lettre datant de 1951, suivant l’enseignement de Saint Ignace Briantchaninov: «Je vous rappelle que je n’exige de personne qu’il applique mes conseils en tout état de cause. Le conseil n’est qu’un conseil mais la dernière décision revient à la personne qui demande ce conseil». Il avait vu que les prêtres de son époque, dans des circonstances définies, n’étaient pas à même de découvrir réellement la volonté de Dieu, mais qu’ils pouvaient simplement expliquer Ses commandements. Et c’est ainsi que le père Nicon a précisé à l’une de ses filles spirituelles qu’il fallait qu’elle le considère plus comme un compagnon de route que comme un père spirituel. Il lui a dit qu’elle ne devait pas voir en lui quelque chose de plus que ce qu’il est, qu’elle se sente libre de s’éloigner de lui si elle percevait que ses conseils ne lui étaient pas profitables. N’ayant pas de père spirituel, il s’était réfugié dans la lecture et la prière qui sont salutaires quand nous ne trouvons pas de pères spirituels possédant le don du discernement.

Il est tout aussi clair que si tu orientes, il ne faut pas que tu tues la personnalité du fils spirituel, car tu ne penses pas à sa place. Laisse-le réfléchir, grandir et prendre ses responsabilités devant Dieu. «Nul ne peut résoudre pour autrui les problèmes que lui posent la vie» (Henri Bergson). Ne brise pas l’intellect de qui que ce soit ni non plus son cœur; Dieu dit: «Mon fils, donne moi ton cœur».

Aide-le afin que son cœur s’élève vers Dieu. Il s’appuie sur toi et tu l’amènes jusqu’aux pieds du Maître, dépose-le là-bas et disparaît.

Traduction d’un article

paru dans le bulletin diocésain Raïati

 no5 en date du 30 janvier 2000.

Bulletin « Le Bon Pasteur » n°2 – septembre 2005

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1999, Articles, Raiati

Dimanche de Thomas / le 18/4/1999 / N*16

Le soir du jour de la Résurrection, le Seigneur est apparu à ses disciples. Thomas n’était pas avec eux. A son retour à la chambre haute, ils lui dirent: « Nous avons vu le Seigneur ». Cela c’est la plus grande joie. Mais Thomas dit: « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous la marque des clous, et si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et ma main dans son côté, je ne croirai pas ».

Thomas voulait comprendre. Il semblait dire aux autres disciples: qui vous a dit que la vision que vous avez vue aujourd’hui est le Maître qui a été crucifié? Pour cela j’insiste pour voir la marque des clous sur le corps du Seigneur.

Huit jours après la première vision Jésus entra chez eux « les portes étant closes », il se tint au milieu et dit: « Paix à vous ». Puis il dit à Thomas: « Porte ton doigt ici et voici mes mains, avance ta main et mets-la dans mon côté ».

Thomas est le plus grand témoin parcequ’il a prouvé quelque chose d’unique: que celui qui est apparu aux disciples est celui-là même qui a été crucifié. Le doute a été utile pour que nous croyions nous. Nous sommes devant une résurrection réélle, devant une continuité du corps crucifié au corps réssuscité.

Si nous passons de cette scène à un examen personnel, nous trouvons que la vie est mélange de joie et de tristesse, de santé et de maladie et ce au niveau de chaque individu. au niveau de la vie de l’Eglise dans chaque paroisse, dans chaque diocèse et dans le monde. Partout il y a lumière et ténèbres, travail dur et consolations. Nous voyons des personnes croître en Christ et leur coeur se renouvelle. D’autres nous choquent et nous déçoivent. Nous dépassons la déception par l’espérance, l’insulte par le pardon, l’ennui par la persévérance.

La foi exige que chacun dépasse son obstination, son repli sur lui-même, d’être cramponné à ses idées. Rien ne tue comme le durcissement des opinions qui nous fait refuser l’autre. Rien n’est essentiel pour nous comme de croire que nous sommes de passage ici-bas et que personne n’est irremplaçable ni dans sa vie ni dans sa mort; la terre continuera de tourner autour du soleil, les plantes continueront à pousser, les animaux à vivre et les êtres humains à s’élever.

Rien n’est essentiel comme d’accepter les autres avec leurs blessures, leurs défauts, leur beauté et leur chute. Rien n’est aussi important que d’admettre aux autres leur droit à la différence. Rien n’est aussi important que l’amour. L’amour est la résurrection continue. Seul l’amour rend possible la communion à la Parole du Seigneur, à son corps et à son sang, et la communion au frère dans son mystère.

Aimer c’est étendre le Christ en soi et aux autres. Et si Jésus entre en eux -les portes d’eux-mêmes étant closes- il brisera les portes et habitera en eux par l’Esprit Saint.

                                                                                                                                                                                                                                                               L’effort que le Seigneur nous demande de fournir au temps de la Résurrection c’est qu’il n’y ait plus de foyers de haine, de tension ou de rancune qui causent la ruine d’un diocèse. Notre diocèse n’est pas entièrement ressuscité avec le Christ. Il y a des fractures dans certaines paroisses, là où nous ne nous acceptons pas les uns les autres. La fracture peut être réduite si certains sont relevés par l’amour. Quand viendra notre consolation par la réconciliation générale, l’un des attributs du Christ étant la paix?

traduit de l’arabe.أحد توما

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1999, Articles, Raiati

Saint Jean Climaque / le 21/3/1999 / N*12

Les trois premiers dimanches du Carême insistaient sur la doctrine (dimanche de l’Orthodoxie, dimanche de saint Grégoire Palamas et dimanche de la Croix). L’étape suivante insiste sur l’ascèse. Nous faisons d’abord mémoire de saint Jean appelé Climaque parce qu’il a écrit un livre sur l’ascèse intitulé « l’Echelle Sainte » (Climax en grec veut dire échelle). Il est né après la moitié du 6ème siècle et il a vécu au Sinaï en tant que moine puis en tant qu’higoumène du monastère.

Il a comparé le chemin vers Dieu à une échelle montante composée de marches que le fidèle gravit l’une après l’autre pour arriver au Christ. Les icônes nombreuses qui représentent cette échelle montrent que certains ont gravi quelques marches, d’autres tombent après être presque arrivés au sommet. Tout lecteur de ce livre sent que l’auteur parle de vertus qu’il a pratiquées lui-même. Il fait sans doute partie de ceux qui sont arrivés. Nous poursuivons le combat, dit-il « jour après jour, feu après feu, piété après piété et zèle après zèle ». Qui dit ces paroles ne peut que les avoir vécues.

Saint Jean a prié quarante ans sans discontinuer, dévoré par l’amour divin, essayant de cerner, dit-il, « ce qui est incorporel dans le corps ». Il savait – et c’est dans son livre – que celui qui a brisé le sceau de sa pureté, qui s’est éloigné de ses consolations divines, qui a enfreint sa promesse à Dieu, et qui est triste à cause de cela, celui-là est capable de se mortifier par l’ascèse s’il lui reste une étincelle d’amour et de crainte de Dieu.

L’Eglise sait, en posant ce modèle ascétique devant nos yeux, que les moines sont peu nombreux, voire rares. Nous pouvons, nous faire comme saint Jean Climaque, chacun chez lui et dans son travail. La beauté spirituelle n’est pas liée à un rang ou à un ordre. Nous croyons que le laïc, dans sa vie familiale, dans son travail et toute sa vie dans le monde, est capable de toute sanctification. L’être humain, homme ou femme, quel que soit sa culture, est capable d’accomplir les combats spirituels qui visent à acquérir la pureté dans toutes ses expressions, la chasteté, la douceur et l’humilité. Il lutte au repos et dans la fatigue, pendant la guerre ou pendant la paix, dans la pauvreté ou dans la richesse parce que le Christ est Un. Il inspire l’un et l’autre, prend soin de tous et donne à chacun de nous la grâce selon son besoin parce qu’il veut que tous soient sauvés et que tous viennent à la connaissance de la vérité. Pour cela nul n’est excusable.

Personne ne peut prendre sa richesse comme prétexte à l’orgueil et à la dureté du cœur. Nul ne peut, à cause de sa notoriété, s’élever et mépriser les frères. Pour cela saint Jean Climaque insiste pour que nous battions un vice après l’autre et que nous acquérions une vertu après l’autre; tout cela dans la joie. Nous brûlons d’un feu après l’autre après l’autre, d’un enthousiasme après un enthousiasme. La joie est peut-être le signe idéal que Dieu habite dans nos cœurs. Celui qui a perdu l’enthousiasme pour le Christ et pour son Evangile, celui qui tiédit quand il rencontre un pauvre, le feu est éteint en lui et il n’est plus que cendres froides.

Pour cela l’évangile d’aujourd’hui nous dit: « Si tu peux croire, tout est possible à celui qui croit » (Marc 9: 23). Croire c’est faire de ton cœur le lieu du Seigneur qu’il ne partage avec personne. Et pour que nous croyions pas que c’est facile, le Seigneur a dit: « Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière » (Marc 9: 29). Le mouvement de Dieu vers nous est la foi qui nous vient de Lui. Notre mouvement vers Dieu est la prière qui garde la foi en nous; et devant nos yeux s’ouvre le chemin vers le Crucifié que nous embrasserons avec plus de ferveur à la fin du Carême.

traduit de l’arabe.القديس يوحنا السلمي

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1999, Articles, Raiati

L’esprit du jeûne / le 21/2/1999 / N*8

Demain, avec l’aide de Dieu, nous commençons la saison bénie que vous connaissez tous: le temps de l’ascèse au monde, le temps de l’abstinence, le temps de l’exercice au bien. Et pour ne pas transformer le jeûne en une simple affaire d’alimentation, nous lisons aujourd’hui un texte de saint Mathieu où l’on parle de pardon et d’un trésor qu’il faut chercher. Ce texte nous parle aussi de la joie de ceux qui jeûnent.

« Si vous remettez aux hommes leurs manquements, votre Père céleste vous remettra aussi. Et si vous ne remettez pas aux hommes votre Père non plus ne vous remettra pas ». Le jeûne est donc le temps de rencontre, le temps de vivre la fraternité. Tu pardonneras à tout pécheur si tu es capable de le voir dans son repentir comme aimé par Dieu. Même ceux que tu croyais parfaits, s’ils tombent dans l’erreur, tu devras dépasser leurs fautes car Dieu les accepte eux. Le plus important est de pardonner à ceux qui te font du mal, qui préméditent de te faire du mal, de t’humilier, de t’abaisser. Tu pardonneras à tous à commencer par les membres de ta famille si elle est le lieu de ta négligence. Si un homme néglige sa femme ou si elle le néglige, s’il est dur avec elle ou vice-versa, si un enfant n’écoute pas ses parents, tout cela ne peut être guéri que par le pardon et continuer à vivre dans le don inconditionnel. Tu aimes réellement les membres de ta famille pour qu’ils s’épanouissent, pour qu’ils puissent supporter la vie dure. Tu es responsable de porter les tiens vers Dieu, et ce dans les plus petits détails du quotidien.

Et si tu leur pardonnes, ils connaîtront Dieu plus qu’avant. Le secret de l’amour est qu’il n’attend rien en retour. L’amour porte toujours des fruits qui apparaîtront plus tard aujourd’hui peut-être ou demain …

Le second thème de cet évangile est : »Quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là dans le secret ». Les pharisiens hypocrites n’étaient pas ainsi. Le chrétien ne montre pas ses vertus. Les vertus brillent d’elles-mêmes. Le chrétien n’accepte pas qu’on dise de lui, en sa présence, qu’il est pieux. Il refuse l’éloge. Il ne s’enorgueillit pas de son intelligence, ni de sa richesse ou de sa beauté. Il laisse Dieu le juger. Il se voit pauvre en tout. Son cœur tend verticalement vers le Christ; il regarde les frères avec les yeux du Christ.

Le troisième thème est : »Ne vous amassez point de trésors sur la terre … car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ». L’une des dimensions du jeûne est que nous vivons cette période de l’année comme les pauvres, parce que nous devons économiser sur le prix de la nourriture pour donner l’argent à nos frères pauvres. Cette participation fait partie du jeûne. C’est la dimension horizontale de l’ascèse (l’exercice). Car après t’être éloigné du monde par la métanie, après que tu te sois élevé, tu redescendras vers les autres, et tu leur porteras Dieu qui est en toi. Alors tu les trouveras plus importants que l’argent que tu adorais. Tu sentiras alors, si tu crois à l’ascèse du jeûne, que l’argent dont tu voulais jouir pour toi-même, est devenu propriété des autres, parce que si tu atteints  l’amour divin tu ne seras plus attaché aux choses de ce monde.  Si tu utilises l’argent pour mener une vie de luxe, si tu es pris par lui, si tu comptes sur lui, il devientdra une catastrophe pour toi. L’argent deviendra une grâce pour toi s’il est le moyen de te rapprocher des frères plus pauvres.

Si tu veux t’accrocher à Dieu, tu devras annuler ton désir de l’argent. (des possessions). L’esclave des passions ne peut pas être l’esclave de la justice. Si tu anéantis les désirs en toi, tu te retrouveras assoiffé du visage de Dieu, le seul qui reste. Si tu découvres que l’argent n’est pas un trésor, alors ton cœur sera rempli de Dieu. Alors Dieu deviendra pour toi tout but, tout désir.

L’ascèse de ce jeûne t’a été donnée comme un chemin vers la joie en Christ. Lorsque cette joie viendra sur toit, tu seras arrivé petit à petit à la Résurrection. Ta résurrection viendra du pardon et du dépassement de la vanité. Lorsque l’Esprit Saint sera sur toi pendant le jeûne, alors tu apprendras à devenir un être pascal.

Traduit de l’arabe.

Texte original: روح الصيام

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1995, Articles, Raiati

Notre Sainte Mère Marie l’Egyptienne / 09.04.1995 / N*15

Nous apprenons par sa biographie écrite par saint Sophrone patriarche de Jérusalem que « c’était une prostituée à Alexandrie au quatrième siècle ». Elle entreprit un pélerinage à Jérusalem où elle continua son métier. Lorsqu’elle voulut entrer à l’église de la Résurrection, une force divine l’en empêcha. Très impressionnée elle décida de changer de vie, se repentit et put entrer à l’église. Le même jour elle traversa le Jourdain et s’enfonça dans le désert où elle mena une vie si dure qu’aucun être humain ne peut la supporter. Elle priait seule Dieu seul. Vers le fin de sa vie un hiéromoine appelé Zosima vint la voir guidé par Dieu. Elle lui raconta sa vie et lui demanda de lui porter le corps du Christ. L’année suivante il lui donna la communion le Jeudi Saint. Elle mourut le même jour.

Elle est le modèle de ceux qui se repentent et qui combattent les passions par l’ascèse. Le feu du péché qui brûlait en elle est devenu le feu de l’amour divin. La tempête des passions fut calmée par la métanie sincère. Elle qui est tombée au plus bas du péché, est montée au plus haut de la sainteté. Quand il vit la sainteté briller sur son visage, Zosima, bien que prêtre, se prosterna jusqu’à terre. Par la grande ascèse elle a effacé toute pensée mauvaise de son âme, et elle a commencé à voir l’image de la chasteté. Elle n’a jamais douté que Jésus la libérerait de toute idée de péché qui pourrait l’attaquer dans la désert du Jourdain où vécurent beaucoup de grands ascètes.

Elle, dont la faiblesse s’est manifestée dans le fait qu’elle voulut  à la fois deux choses contradictoires: visiter les Lieux Saints et suivre sa passion, Dieu l’a établie devant le Crucifié. Elle qui a voulu voir la Sainte Croix, son amour de Jésus l’a crucifiée sur une croix invisible qui est devenue pour elle source de résurrection de tout ce qui s’était accroché à son esprit et à son coeur de souvenirs du corps effréné, récalcitrant. Elle, dont le coeur fut éteint par le péché a reçu la lumière du Christ dans ce même coeur et a été digne d’être appelée notre sainte mère dans le sens que sa vie nous inspire la sanctification pour que nous y devenions les habitants de la gloire divine. Elle, qui a négligé de réactiver son baptême par les vertus, a renouvelé ce baptême par les larmes. « Celui qui n’est pas baptisé par les larmes a été baptisé seulement dans l’eau » (Saint Syméon le Nouveau Théologien).

Elle est ainsi devenue une icône vivante du Christ comme l’était la semaine dernière, saint Jean l’auteur de l’Echelle Sainte. Avant de voir le Christ crucifié pendant la Semaine Sainte, nous voyons les siens, avant la fin du Carême, crucifiés eux aussi parce qu’ils ont « crucifié leur corps, les désirs et les passions ». Tout le Carême est une crucifixion spirituelle du vrai combattant, et pour nous, le plus grand combat est la repentance si elle est réellement un changement total de la vie.

La métanie est la permanence de la Résurrection en nous. Elle exige une lutte continue qui nous coûte de nous détacher de toute idée contraire au Christ. Le péché couvre la face du Seigneur et nous empêche de le voir. La pureté du coeur, sa simplicité et son humilité sont les signes de la Résurrection dans notre être profond.

Traduit de l’arabe.

Texte Original: « أمنا البارة مريم المصرية » – 09.04.1995

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1995, Articles, Raiati

L’arbre de vie / 26 mars 1995

Le troisième dimanche du Carême commence la semaine dans laquelle nous arrivons au milieu du jeûne. L’expérience de ceux qui jeûnent montre que certains se fatiguent au combat. Le jeûne est difficile parce qu’il prive de certains mets et parce qu’il est très sérieux de suivre les vertus évangéliques. L’Eglise vient donc réconforter les jeûneurs et leur dit – avant la Grande Semaine – que le Sauveur est mort pour eux et qu’ils sont appelés à ne pas se laisser aller et à continuer le chemin sans se lasser, pleins de la joie que donne la méditation du mystère du Christ dans son amour. Ce dimanche est donc une fête dans laquelle nous nous prosternons devant la Sainte Croix. A la fin de la grande doxologie le prêtre marche en procession portant la croix posée sur un plateau au milieu de fleurs et entourée de trois cierges allumés. Puis nous nous prosternons tous devant la croix posée sur une table devant les portes royales, nous embrassons la croix et nous recevons une fleur des mains du prêtre.

Pourquoi la croix est-elle posée au milieu de trois cierges, symbole très clair des trois personnes de la Sainte Trinité? C’est parce que Dieu a posé l’économie de la crucifixion de toute éternité. Le Seigneur a voulu montrer son amour des hommes par la venue du Fils incarné. Le Christ – comme disent les Ecritures – est immolé avant la création du monde dans le dessein de la Sainte Trinité. Les fleurs sont là pour montrer que celui qui accepte les souffrances du Christ et y voit son salut, ces souffrances deviennent pour lui source de joie.

En nous prosternant nous chantons « nous nous prosternons devant ta croix, Seigneur et nous glorifions ta résurrection », pour qu’il soit clair pour nous que la Croix nous mène à la Résurrection. En parlant de sa Passion le Seigneur dit: « Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui » (Jean 13: 31), c’est à dire que la puissance de Dieu se manifeste dans la Passion du Sauveur. La victoire du Christ sur la mort a été accomplie quand il a accepté la mort. Et nous, si nous participons à la mort du Seigneur en mortifiant nos passions, nous participerons à sa victoire. Nous nous souvenons ici des paroles de l’apôtre: « Le langage de la Croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu » (1 Cor. 1:18).

Nous remarquons ici une position des Témoins de Jéhovah contre notre foi. Ils disent – comble de la stupidité -: pourquoi vénérez-vous la Croix? Est-ce qu’une mère vénère le fusil qui a tué son fils? Notre réponse à cette comparaison est simple: la mère hait l’instrument qui cause la perte de son fils. Pour nous la Croix était l’instrument de l’immolation du Christ pour que le Christ soit victorieux. Les témoins de Jéhovah n’ont-ils pas lu les Ecritures: « Pour moi que jamais je ne me glorifie sinon dans la Croix de notre Seigneur Jésus Christ » (Gal. 6:14). Y a -t-il une parole plus claire?

Sachant que l’axe de notre vie est l’Incarnation que nous avons reçue tout entière à la mort de notre Seigneur Jésus Christ, nous avons étendu le souvenir de la Croix sur chacun des jours de la quatrième semaine que nous commençons aujourd’hui. Par elle notre esprit se renouvelle par l’amour du Crucifié, et la grâce nous emporte vers la Grande Semaine afin que nous tenant devant le Crucifié le Grand Vendredi, nous soyons dignes de voir le Seigneur vainqueur.

Traduit de l’arabe.

Texte Original: شجرة الحياة

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1995, Articles, Raiati

Le deuxième dimanche / 19 mars 1995 / N*12

Le premier dimanche du Carême était un combat pour l’icône qui nous a attirés vers la lumière du Christ, car la Résurrection est diffuse tout au long du jeûne orthodoxe. Pour nous il n’y a pas de passage dans un tunnel noir au bout duquel vient la lumière éblouissante. Nous sommes toujours dans la lumière que nous jeûnions ou que nous soyons en fête.

Aujourd’hui vient le deuxième dimanche fête de saint Grégoire de Salonique dont le nom de famille est Palamas. Cette fête a été décidée en 1368 après deux conciles réunis dans les années quarante et cinquante du 14ème siècle et où l’Eglise a proclamé sa foi que la grâce divine qui nous sanctifie est lumière incréee et éternelle. L’Eglise a alors fait la distinction entre l’essence divine à laquelle personne ne participe et les énergies divines auxquelles nous participons et qui habitent en nous même si elles sont incréees. La force de sanctification qui est maintenant en nous est avec Dieu et elle vient en nous ici et maintenant.

Saint Grégoire a révélé cet enseignement enraciné dans la Tradition, et l’Eglise a confessé qu’elle y a toujours cru. Nous sommes donc dans une fête de la Lumière comme l’icône était fête de la Lumière et comme sera le troisième dimanche, fête de la Croix par laquelle la joie est venue au monde.

Notre saint a traversé un long combat contre ses ennemis qui niaient que la grâce est éternelle. Ils se préoccupaient de connaître Dieu par la raison et ce sous l’influence de l’église d’Occident. Saint Grégoire ne se souciait pas de la philosophie grecque qu’il avait étudiée, car il disait qu’il n’y a pas de connaissance sans pureté et que la connaissance par la raison ne délivre pas des passions.

La notion primordiale qui nous différencie de la philosophie grecque est que celle-ci méprise la matière, et nous, nous respectons la matière car le Fils de l’Homme l’a adoptée. Pour cela nous vénérons le Christ incarné et nous lui faisons une icône. Nous refusons la distinction entre l’âme et le corps; pendant le jeûne l’être humain est purifié corps et âme, et nous croyons que la Lumière divine se répand dans l’être tout entier. Pour cela nous recevons la communion pour la santé de l’âme et du corps. Nous serons rescussités âme et corps ensemble parce que le corps qui a adoré le Seigneur ici-bas et a reçu de Lui la Lumière, sera nécessairement rescussité le dernier jour.

L’unité de l’être humain fait que les saints sont transfigurés dès maintenent et qu’une lumière apparaît sur leur visage, lumière autre que la lumière du soleil. La lumière rayonne de leur intérieur comme la lumière de la divinité irradiait de la figure du Christ et de son corps sur le mont Thabor.

Pour cela nous comprenons en ce deuxième dimanche l’enseignement sur la Lumière divine, nous acquerons, par la métanie, plus de sérénité et nous devenons plus libres de nos passions, prêts à recevoir la Résurrection du Seigneur.

traduit de l’arabe.

Texte Original: الاحد الثاني من الصوم

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