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Raiati

Raiati, bulletin hebdomadaire de l’archevêché de Byblos et de Botrys, publié depuis 1981, est distribué à tous les fidèles. Dans une rubrique fixe «parole de l’évêque» le métropolite Georges Khodr s’adresse aux membres de son diocèse, explique la Parole divine et ses exigences dans la vie quotidienne dans un style simple et facile qui atteint tous le monde. Ces articles, regroupés par sujets, ont été publiés en six volumes dans une série intitulée «Arrouh wal Arouss» par l’archevêché de Byblos et de Botrys.

1994, Articles, Raiati

La Sixième Semaine du Carême / 24.04.94 /N*17

Pendant cette dernière semaine du Carême nous nous préparons à trois événements: le samedi de Lazare, le dimanche des Rameaux et la Grande Semaine. Nous anticipons la Semaine Sainte en mentionnant Lazare et la montée du Christ à Jérusalem après qu’il eût ressuscité son ami. Lazare tombe malade le mardi. Ce même jour ses sœurs envoient des messagers au Maître. Il meurt mercredi. Le Maître le sait, non pas par d’autres messagers mais à cause de connaissance divine. Le Seigneur avance vers Béthanie où les gens sont en deuil. Samedi, le mort déjà en pourriture est ressuscité. Le Seigneur verse des larmes, mais il ressuscite son ami par sa voix.

La liturgie comprend l’événement ainsi: « O Christ Dieu, lorsque tu ressuscitas Lazare d’entre les morts avant ta passion, tu as réalisé la résurrection générale ». Si la résurrection de cet homme est possible, la nôtre l’est aussi. Mais les hymnes disent autre chose: « O mon Sauveur, lorsque tu as libéré Lazare de l’enfer, tu as réalisé ta propre résurrection », c’est à dire que ce miracle est l’image de ta résurrection. La différence entre les deux est que Lazare est ressuscité dans un corps ordinaire puis il est mort en temps voulu, mais que le Crist est ressuscité dans un corps de lumière sur lequel la mort n’a pas d’emprise.

Puis, en parlant de l’événement de Béthanie, l’Eglise nous rappelle que, pendant le Carême, nous devons quitter « l’amitié du corps » pour devenir les amis du Christ. « Nous étions endormis du sommeil des plaisirs, le cœur percé des flèches du démon. Nous étions dans le tombeau de la paresse et de l’insensibilité fermé par la porte du désespoir. Les messagers envoyés par les sœurs de Lazare sont le travail et la méditation qui raniment l’esprit endormi au tombeau comme un second Lazare ». Ainsi nous pourrons nous voir ressuscités par la repentance et l’ascèse.

Puis vient le dimanche des Rameaux où nous chantons le même tropaire que le samedi de Lazare comme si les deux fêtes étaient une seule fête qui manifeste le Christ un, dans sa divinité par la résurrection de son ami, et dans son humanité en montant sur l’ânon. Lorsque nous marchons dimanche en procession portant les branches de palmier, nous marchons ainsi avec le Christ vers Jérusalem. Puissent les adultes, non seulement les enfants, porter des cierges ornés de fleurs. Porter des branches de palmier et d’olivier c’est rencontrer le Christ par les vertus que nous avons acquises pendant le Carême. Et si nous n’obtenons aucune vertu pendant le jeûne, nous aurions passé cette période comme si elle n’était qu’un simple régime alimentaire.

Le Carême se termine le vendredi soir de la sixième semaine. Entre le samedi de Lazare et le samedi Saint il y a un autre jeûne. Nous passons ainsi d’un jeûne ascétique à un jeûne centré sur l’Eucharistie, sue le Corps et la Sang du Christ. Nous attendons l’Epoux et nous prions le Seigneur de nous rendre dignes de voir sa Passion.

Puis vient le dimanche des Rameaux. En Palestine les ermites revenaient à leurs monastères après avoir passé quarante jours dans le désert. Les laïcs ont eux aussi leur désert en eux-mêmes. Ainsi le monde entier s’unit par le retour de chacun de nous à son cœur qui est le Christ.  Nous marchons à la rencontre du Seigneur en portant la croix et en glorifiant Dieu par les vertus jusqu’au jour du Jugement où nous seront tous réunis en présence du Christ.

Ainsi vient la Grande Semaine. Nous y faison mémoire de la Passion du Seigneur, historiquement, et nous la réalisons dans les offices divins. Nous en faisons notre chemin vers la vie éternelle.

Si nous avons passé le temps du Carême dans la négligence sans nous soucier de sa profondeur spirituelle, il est possible de « nous rattraper » pendant la Grande Semaine. Alors il faudra jeûner, il faudra nous concentrer sur le Crucifié et participer aux offices du soir. Si nous nous repentons réellement, nous communirons au Corps du Christ pour devenir créatures nouvelles afin que la fête ne nous surprenne sans que nous en soyons dignes; car comment les lèvres peuvent-elles chanter sans que chante le cœur? Christ est ressuscité sans aucun doute. Mais comment profiter de sa Pâque si nous ne fortifions pas notre résolution de réssusciter avec Lui?

Traduit de l’arabe

Texte Original: “الأسبوع السادس من الصوم” 24.04.94

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1993, Articles, Raiati

La morale chrétienne /21 MARS 1993 / N*12

Certains lecteurs désirent que nous consacrions quelques articles au sujet de la morale. En réponse à cette demande, nous allons en premier lieu évoquer les Commandements divins que tout être humain est appelé à suivre à toute époque, puis  nous tenterons d’aborder des questions contemporaines qui nécessitent un nouveau mode de pensée, lequel doit toutefois se fonder sur la Parole divine immuable. Quelques-unes de ces questions sont relatives à l’éthique dans le monde des affaires et dans le domaine politique, tandis que d’autres se rapportent à la vie familiale, telles que l’avortement et l’insémination artificielle. Tant que ces sujets font partie intégrante de la pensée et des expériences des gens, il est impossible de les ignorer.

Bien qu’il soit facile de dire: «tu ne voleras point», il est beaucoup plus difficile d’accuser une personne pauvre et démunie de «voler» de la nourriture pour ses enfants affamés. Le commandement fait alors l’objet d’une explication. Et si l’avortement est, de toute évidence, interdit en vertu de la Parole divine et des lois anciennes, que pouvons-nous dire à une jeune fille serbe orthodoxe qui est tombée enceinte après avoir être violée par un soldat ennemi et qui a déclaré à la chaîne de télévision française: «Ce fœtus n’est pas mon enfant; c’est un monstre. Si je ne m’en débarrasse pas, je me tuerai». Certainement, il est parfois compliqué d’avoir une position claire sur une question qui relève de la morale.

Nous considérons que les principes éthiques généraux représentent des composantes communes et universelles de la conscience humaine. «Quand les païens, qui n’ont point la loi, font naturellement ce que prescrit la loi, ils sont, eux qui n’ont point la loi, une loi pour eux-mêmes; ils montrent que l’œuvre de la loi est écrite dans leurs cœurs, leur conscience en rendant témoignage» (Romains 2: 14 et 15). Néanmoins, la conscience humaine peut être corrompue en raison des mauvais enseignements, de telle sorte que l’homme autorise ce que Dieu avait déjà interdit. Cela ne se limite pas uniquement aux païens et aux gentils, mais c’est aussi le cas de certains d’entre nous qui ont commis tant de péchés à tel point qu’ils se sont habitués à une telle conduite et qu’ils la justifient pour en profiter.

L’homme n’agit pas toujours selon sa conscience. Certains acceptent le concept de vengeance et le considèrent comme un symbole d’audace. D’autres acceptent le crime d’honneur et tuent leurs femmes ou leurs sœurs sans pitié si elles commettent un adultère. Plus couramment, certaines personnes monopolisent des marchandises et fixent des prix arbitraires sans se rendre compte de l’inhumanité de leurs actes. Il ya aussi des gens qui vendent des produits défectueux sans reproches de la conscience. D’ailleurs, cette dernière n’est pas suffisante puisqu’elle est altérée par le désir de profit, le désir du corps ou le désir de gloire. Le sens moral de la conscience peut parfois s’affaiblir, et ce n’est que la grâce divine qui est à même de le raviver.

La raison à elle seule ne peut pas nous conduire au bien car elle est perturbée par les désirs. Jésus est le sauveur de la raison. Pour cela, Dieu a voulu communiquer avec nous autrefois à travers Ses prophètes, non pas pour inventer la morale, mais pour nous rappeler les bonnes qualités qu’Il nous avait offertes lorsqu’Il nous créa à Son image. La morale réside dans nos âmes depuis l’aube des temps. Pourtant, nous avons ruiné l’image de Dieu en nous, et nous avons délaissé notre beauté originelle. Dieu n’impose rien de façon arbitraire, et Il ne nous défends pas de tuer ou de voler seulement parce que c’est Sa volonté. Dieu n’est pas un dictateur qui se comporte à Sa guise et qui édicte ce qu’Il veut. Il nous montre ce dont nous avons besoin pour que nous puissions vivre en jouissant de la beauté spirituelle. Il sait que le bien nous conduit à la joie et que souvent nous ne choisissons pas ce qui est pour notre bien. Comme il y a un suicide physique, il existe aussi un suicide spirituel. L’homme connait que son avidité l’amène à la mort physique; de la même façon, il ment, triche, hait et aime ses péchés tout en sachant qu’ils dégradent sa personnalité. À force de fauter, il nie le commandement et refuse son propre bien-être. Lorsque Dieu s’est aperçu que les péchés de l’homme provoquent sa mort, Il s’est révélé et a démontré Son amour. Il a également institué les règles morales qui purifient l’homme et le rapprochent de Dieu afin qu’il établisse avec Lui une relation de père et fils.

Bien sûr, il ne suffit pas de savoir le commandement pour le respecter. La misère de l’homme réside dans le fait qu’il connait les commandements mais ne les observe pas puisqu’il a besoin d’un renfort divin. Cependant, en l’absence de ces commandements, l’homme ne peut être sauvé. La révélation du commandement divin constitue le début du chemin. Pour achever ce dernier, nous devons aimer le Seigneur.

Traduit par Amani Haddad

Texte original: « الأخلاق المسيحية » – 21.03.93

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